Une âme parmi les autres

Faut-y ête bête !

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dimanche 28 décembre 2008

Les exemples, c’est comme les dessins : ils valent chacun mille explications. Alors je vais vous donner encore quelques exemples, quelques misérables scènes de ma "vie". Non pas que ma "vie", soit particulièrement passionnante, au contraire, mais plutôt parce que, décrite, elle peut elle-même devenir un exemple aidant à comprendre ce qu’est une vie humaine en général. Enfin, c’est ce que je me plais à croire (comme s’il n’y avait déjà pas assez d’exemples disponibles !)…

 
Il y a un peu plus d’une année – peut-être même deux années, le temps passe si vite, le désastre s’étend si vite (mes lecteurs de ma génération ont sans doute remarqué que si à vingt ans on cherche son avenir, à cinquante ans on tente plutôt de le fuir, tellement la sensation qu’il nous déboule à toute vitesse dessus nous écrase !) – bref, il y a déjà trop longtemps, un samedi soir au bal j’accédai au bar près d’une jeune femme qui s’y trouvait déjà et qui m’attirait beaucoup. C’est bien banal, jusque là ? En effet ! Mais il ne faut pas trop compter sur moi pour vous raconter des événements spectaculaires, je pensais que vous le saviez déjà ! j’ai beau avoir été au bout du monde je n’ai toujours rien de tel à raconter, désolé !

Donc, elle ne m’a pas vu venir tout de suite et je n’ai pas manifesté ma présence. Pourtant j’étais là pour elle, bien sûr, beaucoup plus que pour la bière que je me commandai.
Lorsqu’elle s’aperçut de ma présence elle se tourna vivement vers moi avec, j’imagine, son plus beau sourire. Je dis bien "j’imagine", car en effet je ne l’ai pas vu, son charmant sourire. Je suis resté le regard fixé face au bar devant moi, en pensant, en craignant, d’avoir l’air un peu trop intéressé par de jolies filles d’un bon quart de siècle plus jeunes que moi. Comme si je ne savais pas qu’elle avait remarqué mon attirance bien des semaines auparavant et qu’elle en était heureuse.
Voyant mon immobilité, ma rigidité, elle s’est tourné à nouveau vers des amis avec qui elle se trouvait.

Peu de semaines après je l’aperçus dans les bras d’un homme. C’était la première fois que je la voyais ainsi accouplée. Puis elle disparue pour moi de la circulation jusqu’à tout récemment (elle ne m’a pas souri en m’apercevant l’autre jour, j’ai même eu droit à une moue pas très agréable).

C’est ainsi, c’est ma "vie". Je suis un intouchable, un inabordable.
C’est d’ailleurs pareil avec les hommes mais, bon, les hommes, il se trouve que je n’ai jamais envie de coucher avec.

 
N’empêche que…

Tout récemment il m’a pris l’envie de me rendre à une réunion politique. C’est bien évidemment une chose que je ne fais jamais, étant donné mon foutu caractère. Que pourrais-je bien faire dans une réunion politique, on n’y danse même pas !

J’y suis pourtant allé. Il y avait beaucoup de monde et je n’y connaissais personne. Vu le nombre la réunion a fini par se scinder en trois et j’ai pu ainsi placer quelques mots au sein d’un petit groupe.
A part cela, malgré mon désir, je n’ai adressé la parole à personne, ni avant, ni après, ni au bar qui se tenait à côté.

Pourtant un type s’est arrêté devant moi à un moment donné, en souriant d’un air vaguement interrogateur. Après coup j’ai imaginé que c’était peut-être mon correspondant inconnu (qui m’avait, sur ma demande, informé de cette réunion). Mais sur le coup je me suis détourné de lui et me suis dirigé vers un présentoir plein d’annonces de spectacles (ou de tracts, je ne sais plus). Et cette fois-là ma cervelle n’est même pas parvenue à élaborer une justification bien nette à ma réaction "épidermique". Je me souviens pourtant vaguement avoir pensé ou éprouvé quelque chose, mais je ne me souviens pas quoi…
Ainsi je ne sais rien de cet homme, il ne sait rien de moi, et nous sommes en train de ne rien faire ensemble.

Ainsi va la "vie" de l’intouchable, de l’inabordable, maintenu en dehors de la vie sociale comme de la vie amoureuse.

 
Tenez, tant que j’y suis, encore un exemple, à mi-chemin entre les deux précédents. C’est toujours un samedi soir à proximité d’un bar, d’un lieu où l’on dansait évidemment. Il faut bien se désaltérer lorsqu’on danse, et puis se mettre à l’écart de la musique lorsqu’on souhaite bavarder – pour ceux qui savent bavarder.
Il s’y trouvait une chanteuse admirable qui – je me plais à le croire en tout cas – m’avait une ou deux fois remarqué parmi les danseurs à ma façon de danser une certaine polka qu’elle chante, elle, magnifiquement. Toujours est-il qu’elle s’est bel et bien dirigé vers moi avec un magnifique sourire – son sourire est toujours magnifique ; j’ai entendu dire plusieurs fois que cette femme est très belle, pour ma part je ne dirais pas tout-à-fait cela mais il se trouve que, lorsqu’elle sourit, on a envie de courir vers elle, et qu’elle sourit souvent –…

A quoi bon vous raconter la suite ? vous la connaissez déjà !

Je ne saurai jamais ce qu’elle avait envie de me dire, à moi qui aurait été très fier d’avoir échangé, ne serait-ce que deux mots, avec une femme pareille !

 
Bon, voilà, c’est ma "vie", ma pseudo vie, et cela fait cinquante ans que ça dure. Je me demande parfois comment je n’en suis jamais venu au suicide. Mais qu’y-t-il à suicider, à vrai dire ? j’ai déjà été neutralisé il y a un demi siècle ; alors ! Ca ne vaut même pas le coup !

Quelque fois je me dis que le secret de ma survivance est le sexe comme drogue. Ben oui, jeune adolescent il m’est forcément arrivé de regarder des images porno, et comme je n’avais que cela (les filles à qui je plaisais ont toujours été disponibles mais vous avez compris, j’espère, que je ne pouvais pas en faire grand chose, si j’ose m’exprimer ainsi, un peu abruptement).
Et donc, une trentaine d’année plus tard je dois parfois ressembler à un triste pervers, que je ne suis pourtant pas je crois. J’ai un nouveau problème, un problème qui se surajoute à celui de mes origines (ma "neutralisation"). Je suis devenu quelque peu "sex-addict", et de la plus triste façon !
Mais, curieusement, parmi les photos de femmes que je visualise (pas tous les jours, quand même, mais trop souvent) ce sont les gros plans de visages qui m’arrêtent (et de visages pas en cours d’action, de préférence !). C’est sur certains regards, certains sourires, que je m’arrête. Cela semble paradoxal… De ces regards et sourires, je pourrais en trouver beaucoup plus dans la rue, je le sais bien !

 
Voilà donc ce que j’entends par "une âme perdue" [1]. Cette âme perdue a deux désirs : faire l’amour [2] et changer le monde. Tandis que d’autres rêvent d’acheter une maison et d’y élever des enfants, moi je rêve de faire l’amour dans un monde nouveau. Chacun son truc !

Comme dirait ma maman : dame, faut-y ête bête !
(sauf que c’est quand je la faisais rire qu’elle me disait faut-y ête bête !)

 
Allons, changeons-nous les idées !

 
(non, ce n’est pas l’une d’elles !)

[1A l’origine, Une âme parmi les autres était un blog qui s’appelait Une âme perdue et qui s’est transformé en Ames perdues lorsque j’ai réalisé qu’après tout, je n’étais pas plus perdu que la moyenne.

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