Notes ouvertes

Le peuple n’est pas le territoire (2)

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jeudi 6 novembre 2008

L’humanité est-elle si folle ? passerons-nous la part d’éternité dont nous bénéficions à nous entretuer pour des lignes imaginaires ? On les appelle des "frontières", elles n’existent que dans nos têtes !

Elles n’existent que dans nos têtes… en tant que séparation entre cultures, entre peuples, car ces "frontières"-là ne sont pas des lignes de séparation mais des zones d’échanges ; non, les frontières n’existent pas, mais les lignes pour lesquelles les peuples se battent sont tout de même une réalité en tant que ligne de partage des pouvoirs entre les puissants, entre nos maîtres. Oui, les peuples continuent d’aller à la mort pour leurs maîtres !

[(ajouté le 22 juin 2017) vidéo deezer.com envolée (du moins vu d’ici, l’auteur de Le Devenir ne gère pas les objets deezer.com).
La technique évolue sans cesse, sans jamais se demander si on est satisfait par l’état qu’elle a atteint ou pas ; les raisons commerciales évoluent également ; j’imagine que j’aurais un peu plus les moyens de suivre si je m’inscrivais à chacun des "clubs" [1]dont j’ai pu, à certains moments, utiliser les outils, mais je ne le souhaite pas, je n’adhère pas à leurs politiques ; tant pis !]

 
Pourquoi donc tant de gens éprouvent le besoin d’avoir un pays à défendre ? Si encore ce pays était leur garde-manger, mais même pas ! Je comprends que l’on défende son potager (et j’approuve qu’on le défende contre aussi riche ou plus riche que soi), je comprends et j’approuve que les indiens d’Amazonie défendent leur territoire contre l’avidité des multinationales ; mais ici, au cœur de l’Occident industriel, nos jardins – ce qu’il en reste – seront autant à la merci de ces mêmes multinationales qu’ils soient reconnus de tel pays ou de tel autre. Que la wallonie fasse partie de la Belgique, de la France, de l’Allemagne, du Luxembourg ou de la République du Congo, les wallons seront de la même manière, ou à peu près, exposés à l’exploitation du capitalisme industriel !

Les frontières sont les affaires des rois, non des peuples. C’est ainsi qu’il y a quelques siècles la Bretagne s’est étendue jusque vers l’Anjou à l’est et vers Clisson au sud. Ce sont les maîtres de la Bretagne qui dessinèrent alors la frontière de leur administration, par la force des armes. Cette "frontière historique" que les partisans de "la Loire-Atlantique en Bretagne" oppose à la frontière administrative actuelle n’est donc évidemment qu’une ancienne frontière administrative, et que pourrait-elle être d’autre ? Toutes les frontières sont administratives, il n’y a pas de frontières culturelles (seulement des zones de rencontres, d’échanges et de métissage – comme je l’ai déjà dit, le contraire d’une frontière). Les traditions artisanales, architecturales, les musiques, les chants, les contes, les danses locales existent complètement indépendamment de cette ligne, et montrent l’existence de ces échanges, de ces métissages dont je parle.
Même les "frontières linguistiques" n’en sont pas, sauf lorsqu’un pouvoir centralisateur et puissant impose ses diktats, normalise la langue, dicte comment l’on doit parler et écrire… (A ce propos, je me suis laissé dire qu’en Wallonie c’était une administration wallonne qui avait imposé la langue française aux wallons [2])

Mais les partisans de la "réunification de la Bretagne" n’ont pas envie de voir cela et ils affirment tranquillement que le gallo est la langue parlée en Haute-Bretagne, c’est-à-dire à l’est des Côtes d’Armor et du Morbihan ainsi qu’en Ille-et-Vilaine et en Loire Atlantique. Ils ne se risquent pas pour autant à affirmer qu’au-delà de la ligne ce n’est plus du tout la même langue ni qu’en deçà tout le monde parlaient de la même façon ; non, ils ne sont ni fous ni ignorants, ils se contentent de dire que, par définition, le gallo est la langue de la Haute-Bretagne. Ils ne croient sans doute pas eux-mêmes qu’il aurait existé une frontière linguistique aux limites est et sud de la Loire-Atlantique, mais ils font exactement comme si, par souci de propagande. C’est triste, triste et dangereux.

Ils font comme s’il n’existait pas en Loire-Atlantique, en particulier au sud de la Loire, beaucoup d’habitants fortement attachés à leur terroir qui pourtant ne se soucient pas le moins du monde de la Bretagne ; il n’est même pas nécessaire d’assister à une soirée organisée par l’association ATTO – Association pour la Transmission des Traditions Orales, sise en Sud-Loire justement, non loin de Nantes – pour se rendre compte de cette réalité-là (mais si l’on a des doutes, c’est là qu’il faut aller). La région d’anciens marais salants appelée "marais breton" et que les vendéens ont choisi d’appeler "marais breton-vendéen" constitue une unité géographique et culturelle qui ne se soucie guère des limites administratives, et l’influence culturelle de ce territoire-là sur ces voisins est une réalité visible, sinon mesurable. A Nantes on ne jouait pas du biniou, mais de la veuze, cornemuse du "marais breton".

Malheureusement beaucoup d’amoureux de la Bretagne croient la défendre en ignorant, voire en niant cette réalité-là ; leur attachement pour leur pays s’est comme cristallisé dans la défense d’une ligne imaginaire, une limite qui n’est pas liée à leur rayonnement culturel mais à l’exercice du pouvoir d’une ancienne lignée ducale ! C’est dans un état d’esprit pas si éloigné que beaucoup de jeunes français – y compris bretons ! – et de jeunes allemands sont allés mourir à Verdun il y a à peine un siècle (mais leurs Etats centraux respectifs les avaient beaucoup aidé à acquérir cet état d’esprit, jusqu’à favoriser la propagation de chansons nationalistes).

Heureusement, par chance, nous n’avons pas ici, en Loire-Atlantique, de pétrole, sinon celui que les navires et les usines déversent de temps à autres dans l’estuaire et dans l’Océan. Parce que si nous étions riche de pétrole ou de nickel, par exemple, eh bien de "puissants intérêts économiques" – comme on dit parfois – nous pousseraient à la guerre en finançant un mouvement armé autonomiste. Cela se produit ailleurs depuis longtemps, pourquoi pas ici ? nous ne sommes visiblement pas plus malin !

 
Mais tout cela ne m’empêche pas d’être profondément touché par les images qui suivent, et surtout par ces deux chansons reprisent en chœur, il y a trois ans à l’Olympia, en particulier par la deuxième. Il faut dire qu’elle n’a pas l’air aussi tristement guerrière que la Marseillaise ou que la Blanche Hermine (mais je n’en comprends pas bien les paroles [3]).

L’immortèla par Nadau

 

(note du 11/11/2008) En prenant mon petit-déjeuner ce matin (je n’ose vous dire à quelle heure) je lisais dans Le Monde des livres du 14 juin dernier (il trainait là, sous une pile de journaux, revues et livres, et je ne l’avais pas encore lu) des propos d’un certain Yves Charles Zarka (dont j’ignore tout ; il serait le directeur de la revue Cités que je ne connais pas). Et un petit passage est soudain entré en résonance, dans ma tête, avec ce que vous venez de lire : « Contrairement donc à ce qui est souvent dit et même ressassé aujourd’hui, ce n’est pas le couple ami/ennemi, mais le couple liberté/servitude qui est le critère déterminant du politique. Cela veut dire simplement que l’essentiel du politique ne doit pas être pensé en fonction de l’ennemi (intérieur ou extérieur), c’est-à-dire de la guerre, mais en fonction de la liberté et de la paix. »

Bonnes résonances !

[1MySpace, Deezer…

[2Plus généralement, il faut reconnaître que la pratique de l’écriture tend à normaliser et uniformiser les langues, et pas uniquement à cause des administrations  ; il est regrettable que les amoureux de la littérature n’aient généralement pas conscience de cet antagonisme entre les lettres et l’oralité. Je fais d’ailleurs bien d’écrire "lettres" et non "écriture", car en Chine, où il n’y a pas à proprement parlé de "lettres", cet antagonisme n’existe pas – sinon peut-être sous une forme très atténuée –, et c’est pourquoi le pouvoir maoïste a imposé en plus l’apprentissage d’une écriture alphabétique phonétique, le pinyin, sans toutefois aller jusqu’au bout de la démarche qui aurait consisté à abandonner l’ancienne écriture (et aujourd’hui l’envahissement de la radio et de la télévision est tel que cette radicale opération est sans doute moins nécessaire à l’homogénéisation des hans.

(le 25 juillet 2017) La lecture d’un intéressant article du Monde Diplomatique (n° août 2017) me permet (encore une fois) de préciser deux choses. D’une part, le pouvoir chinois a choisi de garder l’écriture logographique parce qu’elle permet l’unité nationale : elle est indépendante des langues  ; tandis que l’usage d’une écriture alphabétique, latine ou autre, ne ferait pas disparaître automatiquement les différences orales, les différents parlés régionaux, les différentes langues. D’autre part, si j’avais eu du mal à comprendre cette absence d’antagonisme entre lettres et oralité, c’est parce que je n’avais pas bien conscience de ce pourquoi les langues ne sont pas toutes vraiment comparables entre elles : il y a les alphabétiques, les syllabiques, les alphasyllabiques, les consonantiques, les logographiques. Du moins les vingt-trois écritures officielles font-elles partie de l’un de ces groupes (il paraît que les japonais se distinguent en utilisant à la fois une écriture logographique et des syllabiques, avec parfois une note d’écriture latine, tant qu’on y est  !).

[3[note du 24/12/2008] Je n’en comprends pas bien les paroles, mais elles sont sur Wikipedia  !

Peut être on n’en verra jamais la fin,
Jamais la fin, jamais la fin,
La liberté, c’est le chemin,
C’est le chemin, c’est le chemin.
 
Après le pic, un autre pic,
Un autre pic, un autre pic,
Après la lumière, une autre lumière,
Une autre lumière, une autre lumière…
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