Rupture

De demos, peuple

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dimanche 4 février 2007

En cet hiver 2007 l’heure n’est pas à la grève mais à la préparation des élections (en France tout au moins). La grève, elle a eu lieu l’année précédente, une grève ignorant toute ambition et perspectives lointaines sinon, justement, celle des élections.
La gauche sait saisir l’occasion de lever des troupes. Elle ne s’en vante pas, pourtant elle le pourrait sans honte car il est plus important de gagner la présidence de la République que la suppression d’une loi ou d’un décret, quel qu’il soit ; qui peut le plus peut le moins, mais tactique oblige…
Les militants de bases, et voire quelques leaders, n’étaient pas pour autant conscients de la chose, certains pouvant même avoir de réelles perspectives "révolutionnaires", c’est-à-dire l’ambition de renverser – à terme – le cours actuel du monde.

Du reste, il se peut que je fabule [1]. Dans nos démocraties les démonstrations de rue ont tout de même une autre vocation que celle de constituer les masses de manœuvre de politiciens professionnels se battant pour le pouvoir. La Banque Mondiale en a bien conscience, elle qui demandait à la ville-Etat de Singapour d’autoriser les manifestations en marge de la réunion Banque Mondiale - FMI de septembre dernier. Ces réunions ont aussi pour but, disait-elle, « de rechercher un espace permettant aux sociétés civiles de manifester pacifiquement à l’extérieur ». Singapour obtempéra à sa manière, en réservant 64 m2 pour les manifestants, à l’intérieur de la zone sécurisée où se déroulait les rencontres. Il se trouva des personnes pour s’abaisser à "manifester" dans ces conditions. Mais, après tout, 64 m2 constituent un espace public à l’échelle de ce petit Etat. Et le résultat de ces cortèges miniatures et immobiles est comparable aux résultats obtenus chaque fois par les manifestations de ce type : entretenir, structurer et maintenir sous contrôle une opposition politique légale au capitalisme industriel régnant sans partage sur le monde. Une opposition accréditée, en quelque sorte, comme l’étaient les pauvres manifestants de Singapour.

Mais Singapour est un Etat politiquement arriéré, utilisant des méthodes policières ailleurs révolues. D’après Michel Bounan, les hommes au pouvoir dans le monde ont pratiquement tous un comportement de mafieux, des méthodes mafieuses. C’est-à-dire qu’ils utilisent la terreur afin de proposer leur "protection" au peuple qui n’a pas d’autre choix que de l’accepter. Cette conception paraît fort exagérée. Même si chacun a quotidiennement l’occasion de s’apercevoir avec quel empressement, avec quelle délectation, les médias agitent des menaces en tous genres – terroristes, climatiques, financières… de là à conclure qu’on le fait exprès, il y a un pas.
Il semble avéré que Poutine n’hésite pas à faire tuer des innocents et des adversaires afin de maintenir et d’accroître son pouvoir. Mais c’est Poutine, c’est en Russie… Il est clair que la bande actuellement encore au pouvoir aux Etats-Unis a joué de la terreur pour justifier sa guerre du pétrole. Mais c’est l’Amérique…

Ca n’est pas pareil en Europe de l’Ouest ; nous sommes policés et honnêtes chez nous ! nous avons des pratiques démocratiques, chaque transformation de notre environnement, nouvelle route, nouvelle usine, nouvelle chaîne de télévision, n’est réalisée qu’après maints ébats débats populaires. Et nous savons qui sont les femmes et les hommes qui nous gouvernent, nous les avons même choisis en connaissance de cause. Je suis en train de lire "une guerre", ouvrage de Dominique Lorentz sur l’assassinat de l’élu Michel Baroin, alors président de la GMF, aux liens multiples auprès des politiques, des services secrets, d’états africains… Le livre montre des hommes en train de faire le monde en secret, dans notre dos, pendant que la télévision nous montre autre chose – et je dis bien faire le monde, et non pas seulement de l’argent. Mais même à supposer que ce livre n’exagère pas, tous les politiques et tous les industriels n’agissent pas ainsi, cela se saurait…

Et, en France, les campagnes présidentielles sont chaque fois l’occasion de riches et profonds échanges de points de vue quant à l’avenir que nous voulons pour l’humanité et quant aux moyens d’y parvenir, échanges qui sont autant de phares éclairant notre conception de la démocratie. Démocratie, de demos…

[1N’étant pas dans le secret des dieux j’en suis trop souvent réduit à imaginer. Mais il est vrai qu’on ne me demande rien, de quoi je me mêle  ?

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