Ames perdues

Le spectacle ou la grâce

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samedi 4 avril 2009

Lu récemment sur un blog ce bout de texte extrait de aufeminin.com :

– Profil : ce qu’il aime dans les films X, c’est avant tout le côté original, hors du commun des scènes, des positions, des pratiques. Sans en être dépendant, il aime les films X pour l’enseignement sexuel qu’il en retire.
– Dérive possible : là encore, il est important de distinguer fiction et réalité. Certains hommes reproduisent instinctivement certaines pratiques vues dans des films X sans chercher vraiment à savoir ce qu’ils aiment ou ce que leur partenaire désire.

Je ne trouve pas Tingy (l’auteure du blog en question) très passionnante en général, et aufeminin.com non plus, mais la lumière vient parfois d’endroits inattendus…

Ainsi donc des hommes prendraient pour modèle à leur vie sexuelle – à l’aspect le plus charnel de leur vie amoureuse – des spectacles pornos ! Quelle folie ! Un spectacle n’est jamais qu’un spectacle, pensé pour être regardé et non point vécu. La jouissance doit y être apparente. Il importe peu qu’elle y soit réelle ou factice mais il est impératif qu’elle se voit.
C’est le contraire dans la vie, la jouissance y est ressentie intérieurement et il n’est pas nécessaire qu’elle soit visible.

C’est moins une distinction entre fiction et réalité qu’il faut faire, qu’une distinction entre spectacle (artificiel) et vie (naturelle). Ce qui a été conçu pour être vu n’est pas forcément fait pour être vécu.

Ceci est généralisable. Pour prendre un exemple que je connais mieux, je vais parler de danses traditionnelles…

Les nombreux cercles folkloriques qui se sont développés au XXe siècle ont fréquemment adaptées les danses qu’ils pratiquaient pour qu’elles aient plus de gueules sur la scène. Aujourd’hui que ces danses se vivent à nouveau, dans des bals folks, les spectacles folkloriques influencent les danseurs. C’est regrettable. En bal, la danse est faite d’abord pour être vécu intérieurement, pour la jouissance du danseur lui-même et pour celle du couple de danseurs ou de la ronde, pas pour la jouissance d’un spectateur ; et ce qui convient à l’un ne convient pas forcément à l’autre.

Sur scène, quand on ne vit pas réellement – pleinement – ce que l’on est en train de faire, on ne parvient au mieux qu’à faire du spectaculaire.

Sur le parquet de bal on vit. Parfois la danse d’un couple ou d’une chaine de danseurs y devient un moment resplendissante, rayonnante de beauté, et cela sans artifice, en toute simplicité. Cela s’appelle la grâce.

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