Peuples sans limites

Le peuple n’est pas le territoire

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dimanche 8 février 2009

("note ouverte" du 2 septembre 2008)

Petite proposition, en passant, afin qu’à l’avenir les organisations administratives du territoire – des territoires – tiennent compte de ce que sont les hommes en réalité, afin qu’elles puissent les contenir et ne pas leur laisser la possibilité de glisser sur leurs pentes de faiblesses lorsqu’ils détiennent un pouvoir…

Actuellement, en France, la carte judiciaire et la carte des régions ne coïncident pas entre elles. Par exemple, le Gers est judiciairement rattaché à Agen mais politiquement rattaché à Toulouse, comme les Hautes-Pyrénnées qui, elles dépendent judiciairement de Pau ; la Vendée, quand à elle, est judiciairement rattachée à Poitiers et politiquement à Nantes tandis que la Loire-Atlantique voisine (donc Nantes) dépend judiciairement de Rennes…

Nul doute que le pouvoir central hexagonal trouve son compte dans cet assemblage de découpages variés, car l’émergence d’un pouvoir local concurrent est ainsi contrarié. Mais le citoyen lambda y trouve aussi son compte car les risques de constitutions de petites mafias locales, d’effets sournois de copinage, sont également amoindris.

Pourquoi alors, au lieu de s’en plaindre, ne pas tenter de généraliser cette pratique en l’appliquant à l’échelle continentale et même mondiale ? On garderait le découpage existant actuellement mais en ne l’appliquant qu’à une seule entité administrative : domaines judiciaire, culturel/éducatif, économique (organisation du territoire…), etc ; puis on créerait plusieurs autres découpages, le tout en fonction des réalités locales et des opportunités. Un avantage secondaire mais non négligeable du procédé serait de répartir les rôles administratifs entre un plus grand nombre de villes, de chefs-lieux, et ce à toutes les échelles de territoires ; De quoi susciter quelques animosités, de quoi en éteindre un plus grand nombre encore…

Ainsi les frontières hexagonales actuelles pourrait-elle n’être plus que les frontières d’une entité économique, l’entité culturelle correspondante s’étant amoindrie, par exemple, de l’Alsace, et s’étant agrandie du côté de la Belgique… (ces exemples ne sont que des propositions en l’air, je n’ai pas pesé le pour et le contre et je ne me permettrais pas d’essayer de le faire).

Vous vous dites : comment agencer tout ça, comment l’entité politique du niveau supérieur pourrait-elle régner sur cet ensemble qui ne lui correspond pas ? Eh bien justement, elle ne le pourrait pas, et c’est le but recherché. Rien ni personne ne pourrait plus régner seul sur un territoire donné, et c’est autant de terrain abandonné à la démocratie qui devra en profiter.
D’ailleurs il n’y aura pas d’entités purement politiques, parce qu’il est impératif – pour éviter la paralysie – qu’à chaque niveau chacune des entités administratives puisse fonctionner et vivre indépendamment des autres tant qu’elle n’empiète pas sur le terrain des autres (au propre comme au figuré), ce qui ne pourra-t-être réalisable qu’en donnant une large autonomie financière (donc fiscale) et politique à chaque entité de cette administration répartie.

Il y a, bien sûr, de petits inconvénients à "dépendre" de plusieurs administrations géographiquement distinctes, mais il y a aussi un gros avantage : ce n’est plus le peuple qui est divisé afin de favoriser le règne du roi, c’est le roi qui est multiplié afin de favoriser la vie du peuple.

L’Europe en construction pourrait montrer l’exemple maintenant que les occasions ont été manquées de part et d’autre de la mer Noire, mais l’Afrique, toujours empêtrée dans son vieil héritage colonial, aurait plus d’intérêt encore à le faire.
Le monde entier gagnerait à ce que l’Amérique du nord s’y mette aussi, et puis la Chine, la Russie bien évidemment…
Mais… peut-être est-ce la Belgique qui nous entraînera à faire ce pas ?

C’est compliqué, audacieux, un peu fou ? certes, mais ce n’est pas avec des rustines et des bouts de ficelles que l’on arrivera à se débarrasser à la fois des clans et des empires, et des guerres qu’ils suscitent !

Malgré tout beaucoup expliqueront que ce que je propose là est une énormité… même, peut-être – je ne sais pas – Thorniké Gordadzé, responsable de l’Observatoire du Caucase à l’Institut français d’études anatoliennes, qui explique dans Le Monde daté du 31 août 2008 :

« La formation des nations, dans le monde, va du centre à la périphérie. Et ce processus rencontre des résistances ici et là. La Géorgie n’échappe pas à cette règle. D’autant qu’elle n’a pas de tradition centraliste forte, comme la France. La Géorgie n’est en fait que l’ensemble de ses périphéries. Ses périodes de monarchie centralisée ont été brèves, les empires voisins l’ont souvent dominée. Mais des identités régionales fortes sont parfaitement compatibles avec une identité nationale forte.

Je pense qu’il y a une raison fondamentale au succès du nationalisme géorgien dans certaines périphéries, et à son échec en Abkhazie et en Ossétie du Sud : ce sont les particularités institutionnelles soviétiques, l’existence ou non d’un statut autonome dans le schéma ethno-fédéral soviétique.

A la différence d’autres périphéries, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie ont reçu de l’Etat soviétique un statut autonome. L’Abkhazie avait certes des antécédents historiques de forte autonomie : il existait une principauté abkhaze, entre les XVe et XIX e siècles, plus ou moins contrôlée par les rois géorgiens. Mais l’Ossétie du Sud est une invention bolchevique. Je parle bien sûr de l’entité ethno-territoriale nommée Ossétie du Sud et non des Ossètes, qui vivaient sur le territoire des diverses principautés et royaumes géorgiens depuis au moins le Moyen Age.

Leur migration vers la Géorgie s’est accrue vers la fin de la période féodale, quand les seigneurs géorgiens étaient à court de main-d’oeuvre, leurs paysans étant décimés par les guerres incessantes. Et quand les bolcheviks ont conquis la Géorgie, par une guerre courte mais sanglante, en 1921, ils ont considéré la Géorgie comme un nid de l’antibolchévisme, du nationalisme bourgeois et aristocratique, tandis que les Ossètes et les Abkhazes étaient pour eux des nations paysannes et opprimées. Ils ont su mettre à profit le conflit de classe qui sous-tendait le conflit communautaire. D’autant que les Ossètes et les Abkhazes avaient déjà tenté, à l’instigation des bolcheviks, de proclamer le pouvoir soviétique, respectivement en 1918 et en 1920. Et qu’ils avaient été réprimés alors par la Géorgie indépendante.
Après la victoire des bolcheviks, les deux régions ont obtenu un statut autonome. Le but était instrumental, mais le résultat a largement contribué à la formation des consciences nationales abkhaze et ossète. Les gens ont sincèrement et parfaitement intériorisé leur identité. »

Un jour, peut-être, toutes ces histoires ne seront plus qu’un lointain souvenir incompréhensible…

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