Peuples sans limites

La Machine et les communautés

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dimanche 1er mars 2009

Dans De l’inégalité parmi les sociétés Jared Diamond dit

« Les recherches archéologiques […] laissent penser que les chefferies sont apparues autour de 5500 av. J.-C. dans le Croissant fertile et autour de 1000 av. J.-C. en Mésoamérique et dans les Andes. […]
Pour ce qui est de la taille de la population, les chefferies étaient nettement plus importantes que les tribus : de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’habitants. […] Avec l’essor des chefferies, les gens durent apprendre, pour la première fois de l’histoire, à rencontrer régulièrement des inconnus sans chercher à les tuer. »

(voir cet extrait)

L’autre jour au boulot il y avait un nouveau. Nous étions depuis à peine un quart d’heure à planter nos [1] poireaux que ma voisine me fait un signe des mains tout en désignant le nouveau de la tête. Je ne comprends pas. Alors elle me dit tout bas « Le nouveau, il n’aime pas se salir les mains ! »
Oui, le meurtre de l’autre est toujours d’actualité. La constitution des communautés humaines continue de se faire en partie contre l’autre, contre celui qui n’est pas de la communauté.

Personnellement je n’ai jamais ressenti ce désir de supprimer l’autre. C’est mon côté asocial : je ne ressens pas non plus très fortement un sentiment d’appartenance à une quelconque communauté, à une famille. Au contraire, je me sens très souvent l’autre. Ce qui m’a sans doute permis, lors d’un court séjour en Chine, de me sentir chez moi au milieu des jaunes à plusieurs reprises : je ne me sentais pas toujours, là-bas, plus étranger que dans mon propre pays (et je n’ai jamais eu autant de plaisir dans un TGV français que j’en ai eu une fois dans un train chinois). Mais je suis plutôt une exception que la règle.

Je parle-là du côté négatif de la genèse des communautés. Heureusement celle-ci a également son côté positif.
Pour en rester au monde contemporain du travail, les travailleurs qui se retrouvent quotidiennement au labeur tendent naturellement à former une communauté. En même temps qu’ils aspirent individuellement à s’approprier affectivement et symboliquement le fruit de leur travail (ils veulent pouvoir se dire « ceci est mon œuvre, ceci est mon ouvrage »), ils tendent à former un groupe où chacun a sa place particulière, un collectif qui veut pouvoir se dire à la fin de la journée en contemplant son travail « ceci est mon œuvre, ceci est mon ouvrage »
Bref, ils se sentent une communauté.

C’est tellement vrai qu’ils s’attachent, individuellement et collectivement, à leurs vieilles usines, à leurs puits de mines, qu’ils veulent sauvegarder lorsque ces vieux instruments de leur exploitation sont déclarés obsolètes. Ce que, personnellement, j’ai quelques difficultés à comprendre.

Malheureusement la Machine tolère assez mal la présence de communautés en son sein, parce qu’une communauté a des désirs, qu’elle peut même avoir des volontés, le tout en toute indépendance du cerveau de la Machine. C’est pourquoi le monde du travail a été démantelé et que le travail est devenu précaire.
Le Cerveau ne veut pas de communautés, il veut des brigades de production. Il ne nous invite pas dans des lieux de vie mais dans des unités de production. Il organise la ville et l’ensemble du territoire et de la planète à l’image de ses usines à l’entrée desquelles il aurait pu écrire « En entrant ici, oubliez la vie »

Une masse d’ouvriers reste une masse, tandis qu’une communauté… c’est comme un peuple, en plus petit…

[1"nos"  ? façon de parler  !

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