Peuples sans limites

L’autre contre mes illusions

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mardi 7 avril 2009

J’étais en train de relire pour la nième fois le passage de Simon Leys que j’ai reproduit ici (post intitulé "Croyances") :

« Essentiellement, les gens croient ce qu’ils souhaitent croire. Ils cultivent leurs illusions par idéalisme – et aussi par cynisme. Ils suivent leurs visions parce qu’ils ont soif de religion – et aussi parce qu’ils y trouvent leur avantage. Ils cherchent une croyance qui puisse leur inspirer l’âme – et aussi leur remplir le ventre. Ils croient, par générosité et par intérêt. Ils croient, parce qu’ils sont bêtes et parce qu’ils sont malins. Simplement, ils croient pour vivre. Et c’est précisément parce qu’ils veulent vivre que parfois ils étrangleraient volontiers quiconque serait assez insensible, cruel et inhumain pour les priver de ces mensonges qui soutiennent leur existence. »

et il m’est venu cette idée : l’autre, l’étranger, par sa simple présence il tente de priver les hommes des mensonges qui soutiennent leur existence, tout simplement parce qu’il a d’autres croyances, à foi en d’autres mensonges pour soutenir sa propre existence, et que cela se voit, et que cela se sent. C’est de cela et de cela seulement qu’il est coupable, cet être cruel : sa présence témoigne continuellement que d’autres croyances sont possibles et permettent également la vie.

Que l’autre soit l’être d’une autre classe sociale, d’un autre pays, d’une autre religion ou d’une autre race ne change vraiment pas grand chose au problème (la figure du riche juif est un excellent concentré de toutes ces manières d’être l’autre, surtout aujourd’hui qu’on lui a inventé un pays).

Le problème, le vrai, c’est que les âmes marchent sur un fragile tapis d’illusions. Surtout lorsqu’elles ne pensent pas (individuellement, et collectivement : se parler). Et tout est fait pour qu’elles ne pensent pas : l’organisation du travail, de la ville, la télévision, la radio, les supermarchés… Il n’y a plus le temps ni l’espace ni, surtout, l’obligation pour penser et pour se parler. Alors on croit et on compte, en silence et dans l’isolement. L’amour s’étiole et avec lui la joie, la haine grandit et avec elle la peur…

 
 
LE DEVENIR
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