Pour qui l’on travaille

Nos maîtres et leurs glorieuses actions

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dimanche 7 décembre 2008

« Décortiquant les "contrats d’investissement" conclus entre les Etats tchadien et camerounais et le consortium dirigé par ExxonMobil chargé de la réalisation et de l’exploitation de l’oléoduc, Amnesty montre que ce dernier a obtenu des clauses qui peuvent dissuader les gouvernements de mettre en œuvre une meilleure protection des droits de l’homme.

C’est le cas des clauses dites "de stabilisation" prévues pour réduire les risques financiers des investisseurs.

L’une d’elles stipule qu’aucun acte gouvernemental ayant pour effet d’aggraver les charges de la société exploitant l’oléoduc ne pourra lui être appliqué. "Ces clauses (…) pourraient être utilisées afin d’entraver tout règlement visant à remplir les obligations de droits de l’homme", commente l’organisation non gouvernementale (ONG).

 
Concrètement, toute amélioration de la législation du travail, de l’environnement ou des régimes d’indemnisation adoptée au Tchad serait inapplicable à l’exploitation pétrolière. L’inquiétude est accrue par le fait que la date à laquelle la législation a été ainsi fixée, 1988, correspond à une époque de troubles dans le pays, pas spécialement propice à un droit libéral. De plus, c’était avant la signature par le Tchad des textes internationaux protégeant les droits de l’homme. Une autre clause permet d’ailleurs aux exploitants de s’opposer à l’application de toute réglementation nationale qu’ils jugent "déraisonnable" dans la zone de l’oléoduc.

Cette quasi-extraterritorialité autour de l’installation pétrolière semble encore renforcée, selon Amnesty, par l’article des contrats interdisant à "toute personne d’entreprendre des activités susceptibles de nuire à la construction, à l’exploitation et à l’entretien" sur le parcours tchadien du pipeline. Une telle disposition pourrait être utilisée pour tenter de limiter le droit à un recours effectif des riverains de l’oléoduc qui s’estiment victimes des conséquences de son implantation. Déjà, assure Amnesty, des fermiers affirment avoir été spoliés de leurs terres sans indemnisation. Des pêcheurs travaillant au large de la côte camerounaise se plaignent de la mise en péril de leur moyen de subsistance.

[…]

Au lendemain de la publication du rapport, un porte-parole d’ExxonMobil a affirmé que la compagnie ne souhaitait pas faire de commentaire dans l’immédiat mais qu’elle "condamne toutes les formes de violation des droits de l’homme". »

 

« Grand seigneur, Alfred Sirven reconnaît tout, sans chipoter sur les prix : le manoir, la villa à Ibiza, les travaux princiers, le diamant rose de 10 millions de francs payé en liquide ou les meubles achetés 39 millions de francs chez un antiquaire de la rue Royale, à Paris…

Au quatrième jour du procès Elf, mercredi 13 octobre, devant la 9e chambre de la cour d’appel de Paris, l’ancien directeur des affaires générales du groupe pétrolier n’a pas cherché à amoindrir sa "part de responsabilité" dans l’utilisation à des fins personnelles d’une partie des 300 millions d’euros détournés des comptes de la multinationale française au début des années 1990. "Je suis coupable, je l’ai admis, je le redis, soupire-t-il. Je n’ai pas fait appel. Alors, maintenant, je ne vais pas me battre sur des détails que j’ai oubliés depuis longtemps."

Toujours impeccable dans son costume, M. Sirven, 77 ans, n’a pas changé de système de défense depuis sa condamnation en première instance, le 12 novembre 2003, à cinq ans d’emprisonnement et 1 million d’euros d’amende – une peine jugée trop clémente par le parquet, qui a fait appel. S’il ne fait aucun mystère de son train de vie pharaonique, il reste en revanche toujours aussi allusif sur les fonds secrets versés de manière occulte aux dirigeants africains. "Oui, on a utilisé des moyens qui heurtent la morale, concède-t-il. Oui, il y avait tout ce spectacle de sommes énormes qui partaient pour les présidents, les ministres, les parents, les maîtresses, et certainement pas pour le bien du peuple. Tout ceci, à coup sûr, a affaibli mes capacités morales."

 
La présidente, Françoise Canivet, insiste en vain. "Nous n’avons aucune preuve que vous avez agi, pour partie au moins, dans l’intérêt d’Elf, observe-t-elle. Quand vous faisiez des opérations, vous n’aviez pas de reçus ?" Alfred Sirven esquisse un sourire. "Madame la présidente, les gens qui reçoivent de l’argent adorent le liquide, parce qu’il n’y a pas de traces, répond-il, indulgent. Je dois vous dire que j’ai versé des dizaines de millions en liquide pour le Congo, pour l’Angola… Voilà, je suis là, j’ai payé les pots cassés.""Alors pourquoi avoir mis en place, dès son arrivée au sein du groupe, "cette mécanique très complexe de comptes bancaires" bien qu’il existait d’autres moyens plus faciles d’augmenter les fonds secrets de la compagnie, l’interroge la présidente. "La complication existait déjà. Elle existe toujours et ne fait que s’amplifier", lâche-t-il.
Malgré sa bonne volonté, M. Sirven n’en dira pas plus. S’il veut bien "aider la justice en lui apportant quelques éclaircissements", la cour ne doit en revanche pas compter sur lui pour "nuire à son ancienne compagnie, créée par le général de Gaulle". Car ce système "immoral" dont il a si largement profité, il y "adhérait" aussi au nom d’une certaine idée de la France. "Il y a l’Afrique, il y a des Etats et des dirigeants qui ne sont pas tous très démocratiques, concède-t-il. Il y a des guerres, des guerres civiles et des matières premières. Il y a aussi une lutte économique sans nom. La France perd toutes ses positions, là-bas. C’est désastreux. Ça me fait souffrir quand j’y pense." »

 

« D’après Michel Bounan, les hommes au pouvoir dans le monde ont pratiquement tous un comportement de mafieux, des méthodes mafieuses. C’est-à-dire qu’ils utilisent la terreur afin de proposer leur "protection" au peuple qui n’a pas d’autre choix que de l’accepter. Cette conception paraît fort exagérée. Même si chacun a quotidiennement l’occasion de s’apercevoir avec quel empressement, avec quelle délectation, les médias agitent des menaces en tous genres - terroristes, climatiques, financières… de là à conclure qu’on le fait exprès, il y a un pas.

Il semble avéré que Poutine n’hésite pas à faire tuer des innocents et des adversaires afin de maintenir et d’accroître son pouvoir. Mais c’est Poutine, c’est en Russie… Il est clair que la bande actuellement encore au pouvoir aux Etats-Unis a joué de la terreur pour justifier sa guerre du pétrole. Mais c’est l’Amérique…

 
Ca n’est pas pareil en Europe de l’Ouest ; nous sommes policés et honnêtes chez nous ! nous avons des pratiques démocratiques, chaque transformation de notre environnement, nouvelle route, nouvelle usine, nouvelle chaîne de télévision, n’est réalisée qu’après maints ébats débats populaires. Et nous savons qui sont les femmes et les hommes qui nous gouvernent, nous les avons même choisis en connaissance de cause. Je suis en train de lire "Une guerre", ouvrage de Dominique Lorentz sur l’assassinat de l’élu Michel Baroin, alors président de la GMF, aux liens multiples auprès des politiques, des services secrets, d’états africains… Le livre montre des hommes en train de faire le monde en secret, dans notre dos, pendant que la télévision nous montre autre chose - et je dis bien faire le monde, et non pas seulement de l’argent. Mais même à supposer que ce livre n’exagère pas, tous les politiques et tous les industriels n’agissent pas ainsi, cela se saurait… »

 

« Dans la vie pratique, les hommes se divisent en trois catégories - ceux qui sont nés pour commander, ceux qui sont nés pour obéir, et ceux qui ne sont nés pour aucune de ces deux choses. Ces derniers croient toujours qu’ils sont nés pour commander ; ils le croient même plus souvent que ceux qui sont effectivement nés pour cela.

La principale caractéristique de l’homme qui est né pour commander est qu’il sait se commander lui-même. La caractéristique distinctive de l’homme qui est né pour obéir est qu’il ne sait commander que les autres, tout en sachant obéir. L’homme qui est né ni pour une chose ni pour l’autre se distingue en ceci qu’il sait commander les autres mais ne sait pas obéir.

L’homme qui est né pour commander est l’homme qui s’impose à lui-même des devoirs. L’homme qui est né pour obéir est incapable de s’imposer des devoirs, mais il est capable de s’acquitter de ceux qui lui sont imposés (soit par des supérieurs, soit par des conventions sociales) et de transmettre aux autres son obéissance ; il commande, non pour commander, mais parce qu’il est un transmetteur d’obéissance. L’homme qui n’est né ni pour commander ni pour obéir ne sait que commander, mais comme il ne commande ni par tempérament ni en tant que transmetteur d’obéissance, il n’est obéi qu’en raison de circonstances extérieures - les fonctions qu’il exerce, la position sociale qu’il occupe, la fortune qu’il a…

Nous attirons l’attention des lecteurs sur ces modestes considérations psychologiques. Bien comprises, elles l’éclaireront sur bien des choses, et bien des gens… »

 

« Mardi 30 septembre. Six heures du matin. Enfermés dans le bureau de Nicolas Sarkozy, président de la République française, François Fillon, Premier ministre, et Christine Lagarde, ministre des Finances, viennent de transmettre à Yves Leterme, Premier ministre belge, les conditions (les ordres plutôt) posées par la France pour participer au sauvetage de Dexia (trois milliards cash). Axel Miller, le patron belge de Dexia, doit être viré. Les Belges réfléchissent. Miller, les hommes politiques l’aiment plutôt bien. Juriste de 43 ans, parfait polyglotte, aimé de son personnel, travailleur à toute heure. Sans jouer les Zola, on peut dire que sa grand-mère, d’origine russe, a vécu dans la pauvreté. A la maison, on lisait Le Monde comme ailleurs on lit la Bible. Et on allait en vacances dans le Larzac. Donc, débarquer Miller, ça fait un peu mal. Mais un moment de gêne et de honte est vite passé. L’hésitation est de courte durée car, à Paris, le maître de l’Elysée s’impatiente. Miller doit payer pour les fautes qu’il a commises. Il doit assumer les conséquences de sa mauvaise gestion. […]

Un ministre belge témoigne : "Depuis le début de l’épisode Dexia, Sarkozy voulait placer Mariani, son ancien chef de cabinet, à la tête de la banque. Il ne pensait qu’à ça. Nous, on lui parlait de plan stratégique… et lui nous répondait chaque fois que tout ce dont Dexia avait besoin, c’était d’un nouveau management. Il nous a dit :‘On va débarquer Axel Miller. Point final.’" Et puis Axel Miller a un ennemi dans la place. Bruno Deletré, ancien responsable de FSA, a été viré de la direction de Dexia en juin par Axel Miller. Or Bruno Deletré est devenu conseiller… de Christine Lagarde. Quelle que soit l’influence de Deletré dans cette affaire, l’Elysée fait donc du départ de Miller un préalable.

[…]

La Bourse salue à sa manière le sauvetage de Dexia, dont l’action retrouve un peu d’air. Mais Dexia est toujours sans management. Et les Français veulent régler cela au plus vite. Yves Leterme et Didier Reynders, vice-Premier ministre et ministre des Finances belges, sont donc "convoqués" à l’Elysée. Les photos prises lors de cette rencontre montrent à quel point l’ambiance est assez glaciale. Sarkozy remet sur la table le problème du management. On sent bien que cela a été préparé à l’avance. Pour lui, même si les Belges ont toujours le contrôle, c’est un Français qui doit maintenant devenir PDG du groupe. Il ne doit pas aller chercher très loin : Pierre Mariani, son ancien chef de cabinet. Les Belges ne peuvent, ne savent ou ne veulent pas dire non. "Sarkozy, raconte un homme présent à la table de l’Elysée, est vraiment tout-puissant. Et il aime le montrer."

Pendant la réunion, il réclame un cigare. Un huissier vient lui proposer une petite boîte de havanes. Il le renvoie et réclame la version maxi, une boîte avec des cigares de premier choix qu’il propose à ses hôtes. C’est lui qui dirige la réunion. Les autres font de la figuration. Lui, il n’a pas besoin de consulter dans tous les sens pour prendre une décision. C’est bien simple, quand Sarkozy est là, Fillon ne bouge pas. Fillon n’ouvre la bouche que pour respirer. Sarkozy fonctionne comme cela avec l’ensemble de son gouvernement. Au Conseil européen de Bruxelles qui suivra, les 15 et 16 octobre, Sarkozy fera le même numéro : il s’est tourné vers Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, et lui a lancé, devant les collègues : "Tiens, va me faire des photocopies…" Donc voilà, Sarkozy impressionne les p’tits Belges. »

 

« Signalé par les autorités américaines pour avoir manifesté à New York devant un centre de recrutement de l’armée, Julien Coupat est désormais dans le collimateur des policiers français. "On s’accroche à lui, on le suit", dit un responsable du renseignement. »

 

« Ensemble, tout devient possible »

 


1/6 (la suite par exemple ici)

 

« La première boucherie mondiale, celle qui, de 1914 à 1918, a permis de se débarrasser en un coup d’une large part du prolétariat des campagnes et des villes, a été conduite au nom de la liberté, de la démocratie et de la civilisation. C’est en apparence au nom des mêmes valeurs que se poursuit depuis cinq ans, d’assassinats ciblés en opérations spéciales, la fameuse « guerre contre le terrorisme ». Le parallèle s’arrête ici : aux apparences. La civilisation n’est plus cette évidence que l’on transporte chez les indigènes sans autre forme de procès. La liberté n’est plus ce nom que l’on écrit sur les murs, suivi qu’il est, comme son ombre désormais, par celui de "sécurité". Et la démocratie est de notoriété générale soluble dans les plus pures législations d’exception – par exemple, dans le rétablissement officiel de la torture aux États-Unis ou la loi Perben II en France. »

 

Avec, dans le désordre :

Fernando Pessoa, 1926.
 
Stanley Kubrick, 1957.
 
Alexandre Garcia, 2004.
 
Philippe Bernard, 2005.
 
Comité invisible (on peut lire également dans L’insurrection qui vient ce petit éclaircissement : « Ce livre est signé d’un nom de collectif imaginaire. Ses rédacteurs n’en sont pas les auteurs. Ils se sont contentés de mettre un peu d’ordre dans les lieux communs de l’époque, dans ce qui se murmure aux tables des bars, derrière la porte close des chambres à coucher. Ils n’ont fait que fixer les vérités nécessaires, celles dont le refoulement universel remplit les hôpitaux psychiatriques et les regards de peine. Ils se sont faits les scribes de la situation. »), 2007.
 
Nicolas Sarkozy, 2007.
 
fchrysalis, 2007.
 
Isabelle Mandraud, 2008.
 
Francis van de Woestyne et Ariane van Caloen, 2008.
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