Rupture

Révolution et lutte des classes

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dimanche 1er mars 2009

Bon, c’était un coup pour rien, un coup dans l’eau. Je parle bien sûr du petit appel de la Sorbonne d’il y a une dizaine de jours (voir la vidéo sur mon post précédent). Il n’y avait rien derrière.

Mais, aussi, que pourrait-il y avoir derrière ? Comme l’écrivait récemment dans Le Monde Robert Castel : « Sauf à faire la révolution (mais qui la fera ?), le problème est de vivre avec le marché sans être dévoré par lui. », autrement dit : en attendant le messie, c’est chacun pour soi (ce n’était pas là exactement la pensée de Robert Castel, mais il ne s’en faut pas de beaucoup !).

 
Mais ce n’est pourtant pas entre parenthèses qu’il faut se poser cette question : qui fera la révolution ? Ce n’est pas simplement en passant qu’il faut s’interroger : qui a envie de faire la révolution et, surtout, qui est capable de la mener et de la gagner ?

 
J’aurais bien une réponse, assez iconoclaste sans doute…

 
En lisant ces dernières semaines un certain nombre de textes émanant de participants aux luttes sociales actuelles, j’ai mesuré combien mon précédent texte sur la lutte des classes tombait là comme un cheveux sur la soupe. J’avais presque oublié que l’expression n’était plus employé que dans un sens proche de "guerre sociale" ou "ensemble des luttes sociales entre les riches et les pauvres". Ce n’est pas du tout ce que j’entends par "lutte des classes" !

 
Marx trouvait que la pensée de Hegel et sa conception de l’histoire marchait sur la tête. Eh bien si elle marche sur la tête alors la conception marxienne de l’histoire marche sur le nez ! Une classe de prolétaires serait appelée à succéder à la bourgeoisie ? mais par quels miracles, par quels enchantements ? ce pauvre Karl Marx rêvait, il s’imaginait que l’humanité pouvait enfin agir consciemment, agir en mesurant les conséquences lointaines de ses actes et en fonction de ces conséquences attendues !

Au lieu de cela, la recherche du profit immédiat a continué d’un côté, et de l’autre côté la recherche d’un soulagement immédiat à la misère engendré par cette recherche du profit. Ce qu’on peut résumer par l’expression "guerre sociale".

Mais en même temps la marche insouciante et parfaitement inconsciente de l’Histoire suivait son cours, le capitalisme enfantait une nouvelle catégorie d’hommes et de femmes nécessitée par sa nouvelle organisation économique : la technocratie, la classe des techniciens. Et cette classe qui n’a même pas conscience d’elle-même est monté en puissance si bien qu’elle est maintenant au seuil de sa prise du pouvoir sans être capable de s’en rendre compte.

 
Je disais dans ce précédent post, il y deux ans déjà, « la lutte des classes n’est pas une nécessité historique, il n’y a pas de nécessité, rien n’est écrit par avance. » Mais aujourd’hui je commence pourtant à penser qu’il faut en prendre son parti : la technocratie va prendre le pouvoir et la question n’est plus "quelle classe va gagner", mais "quelle tendance, au sein de la technocratie, va l’emporter, une tendance démocrate ou une tendance cybernétique, le parti de l’humanité ou le parti de la machine, les amoureux de la poésie sociale ou les intoxiqués de la précision chiffrées ?

 
En tout cas, le silence qui nous parvient maintenant de Grèce laisse à penser qu’ils ne sont pas encore à l’œuvre là-bas.

 
 

[(Note ajoutée le 3 janvier 2013) Voir aussi, et surtout peut-être, sur ce même blog, Pour en finir avec la lutte des classes]

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