Rupture

Les fous et le roi des fous

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dimanche 22 mars 2009

Ce jeudi 19 mars en ville, j’ai croisé des gens qui réclamaient la démission du président Sarkozy.
C’est un peu facile, non ?
N’est-ce pas à nous de démissionner, collectivement ?

Et puis, Nicolas, il est très bien dans le rôle du roi des fous !

Le roi des fous

Laissons-le donc jouer à l’Elysée, mais n’en faisons plus qu’à notre tête.
Arrêtons les travaux inutiles et partageons les autres.
Et changeons radicalement les lois de répartition des ressources : il y en a pour tout le monde ! Il suffit d’arrêter un peu de compter pour s’en apercevoir.

Il ne s’agit plus de faire grève… ou plutôt si : la grève définitive.

On en était loin jeudi dernier, si j’en juge par ce que j’ai vu à Nantes : une procession procapitaliste menée par les deux gros syndicats procapitalistes. Un net recul par rapport au 29 janvier.
La CGT et la CFDT ont repris les choses en mains, ils étaient plus visibles et les anticapitalistes l’étaient moins.
Il est vrai que je n’ai été présent – et à Nantes seulement – que de 16h30 à 18h, mais j’ai la nette impression qu’il n’y a pas que le gouvernement qui a peur, les vieux syndicats aussi, et le PS moribond également. Ils réagissent, ces contre-révolutionnaires (enfin, pour ce qui est du PS…).

Oui, cessons un peu de compter et ouvrons les yeux, peut-être apercevrons-nous alors… Frida.

Ces gens-là [1]

 

Et en cessant un moment de compter nous pourrons mieux comprendre la nature de notre malheur, car notre malheur n’est pas de nature quantitative.

« Bernanos a écrit que nos ouvriers ne sont quand même pas des immigrés comme ceux de M. Ford. La principale difficulté sociale de notre époque vient du fait qu’en un sens ils le sont. Quoique demeurés sur place géographiquement, ils ont été moralement déracinés, exilés et admis de nouveau, comme par tolérance, à titre de chair à travail. Le chômage est, bien entendu, un déracinement à la deuxième puissance. Ils ne sont chez eux ni dans les usines, ni dans leurs logements, ni dans les partis et syndicats soi-disant faits pour eux, ni dans les lieux de plaisir, ni dans la culture intellectuelle s’ils essayent de l’assimiler. »
(Simone Weil, L’enracinement)

En Guadeloupe, les insurgés ne réclamaient pas – ne réclament pas – que des sous, il y a dans leurs revendications des choses bien plus essentielles… de celles qu’il ne sert à rien de réclamer, de celles que l’on prend soi-même ou que l’on ne possède jamais. Elles sont de l’ordre de l’enracinement.

Mais ici, dans l’hexagone, on en est toujours à réclamer des sous et des emplois.

« L’argent détruit les racines partout où il pénètre, en remplaçant tous les mobiles par le désir de gagner. Il l’emporte sans peine sur les autres mobiles parce qu’il demande un effort d’attention tellement moins grand. Rien n’est si clair et si simple qu’un chiffre. »
(Simone Weil, L’enracinement)

 
Hélas !

[1version plus contée que chantée, mais l’auteur-interprète excelle dans les deux.

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