Rupture

Entre cueillir beaucoup de bonheur ou un peu de monnaie, les fous choisissent…

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dimanche 3 mai 2009

C’était pourtant une occasion rêvée : une météo très favorable, une bonne centaine de personnes d’âges et d’horizons variés, une activité pas forcément désagréable pour peu qu’on ne la laisse pas submerger la vie…

Mais voilà, pour que la Machine tourne, pour que le patron ait son petit bénéfice et nous – les saisonniers – notre petit salaire ; pour que les commerçants, derrière, aient leurs gros bénéfices, il faut produire une quantité quotidienne minimum…

Alors, pour s’assurer la maîtrise de cette troupe d’inconnus, le patron impose de mettre très précisément cinquante brins de muguet dans chaque bouquet cueilli. Ainsi il est plus facile de se rendre compte du travail de chacun et, surtout, d’imposer le silence, le calme… puisque chacun doit compter ses brins en permanence.

Nous aurions pourtant pu, au lieu de cela, profiter de l’occasion pour nous parler, nous découvrir. Nous aurions pu rire en cueillant ces fleurs de fête, nous aurions pu chanter, discuter. Et comprendre un peu des personnes que, la veille, nous n’avions encore jamais vu. Nous aurions pu aimer, détester, sentir…
Nous aurions pu vivre.

Et le muguet aurait quand même été cueilli.

 
C’est ainsi que du 21 au 27 avril, dans la petite boite maraîchère où je travaille actuellement, nous avons participé à la croissance du PIB, c’est-à-dire, en fait, à la croissance du pouvoir de quelques-uns sur tous les autres – ce à quoi sert la circulation incessante de la monnaie – mais nous avons soigneusement évité de faire croître le bonheur et la joie de vivre, une croissance pourtant à porté de la main et qui récompense infiniment mieux : par l’acte lui-même, la jouissance immédiate de ce bonheur-là.

 
Le bonheur est à tout moment possible. Ce que nous appelons "Histoire" n’est à ce jour que l’ensemble des détours inventés par les humains pour le conjurer.

 

(voir aussi, à ce sujet, mes posts Le cœur à l’ouvrage, Pour un maraîchage heureux…)

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