Notes ouvertes

Anna Marly, le chant des partisans

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dimanche 19 avril 2009

(Ceci est un commentaire aux posts d’hommage à Maurice Druon d’un certain nombre de blogueurs et journalistes)

De lisière en lisière
La route coure
Le long d’un précipice,
 
Là haut, quelque part
Le croissant de lune vogue
Se pressant …
 
Allons là-bas
Où le corbeau ne vole pas
Où aucun animal ne pénètre.
 
Personne, aucune force
Ne nous soumettra
Ne nous chassera.
 
Vengeurs du peuple
Nous repousserons
La force mauvaise,
 
Que le vent de la liberté
Recouvre
Notre tombe…
 
Nous irons là-bas
Et jusqu’au bout, détruirons
Les réseaux ennemis,
 
Que nos enfants sachent
Comme nous fument nombreux
À tomber pour la vérité !…
(Traduction : Sarah P.Struve)

Anna Marly raconte comment, lorsqu’elle était à Londres : « Les allemands approchaient de Smolensk et il y avait une résistance féroce, On en parlait dans les journaux anglais. Un jour, J’étais en coulisses après un spectacle où j’avais chantée, et je lisais un quotidien anglais qui parlait de Smolensk, des partisans… , Et c’est comme si quelque chose était venue du tout puissant, j’ai prise ma guitare et j’ai commencée : "De lisière en lisière…" Et c’est ainsi qu’est née cette chansons. »

Un jour, fin 1942, ayant lu dans les journaux britanniques le récit de la bataille de Smolensk, son âme russe se réveille. Un mot lui revient à l’esprit, ce mot de "partisans". « Bouleversée, je prends ma guitare, je joue une mélodie rythmée, et sortent tout droit de mon cœur ces vers en russe : Nous irons là-bas où le corbeau ne vole pas/Et la bête ne peut se frayer un passage. Aucune force ni personne/Ne nous fera reculer. » Appelée initialement "La Marche des partisans", cette chanson sera interprétée en russe par son auteur jusqu’à ce que Joseph Kessel s’exclame en l’entendant pour la première fois "Voilà ce qu’il faut pour la France !" et qu’il en écrive la version française avec son neveu Maurice Druon. Sifflé comme indicatif de l’émission de la BBC "Honneur et Patrie" puis comme signe de reconnaissance dans les maquis, "Le Chant des partisans" (intitulé "Guérilla song" dans sa version anglaise) s’impose rapidement comme l’hymne de la Résistance.

(sources : stengazeta.blogs.courrierinternational.com et Chemins de mémoire.)

 
Il parait qu’il n’y a pas que Joseph Kessel qui fut enthousiasmé en entendant Anna Marly chanter son chant des partisans à Londres. Bien d’autres furent littéralement transportés en l’écoutant…

--- par

 
Mais alors, est-ce bien le texte qui est essentiel dans ce chant ???

Anna Marly parle du Chant des partisans

 
(Merci à Didoupiaf pour ces deux dernières vidéos)

 

Il y a trois ans Pierre Assouline, dans son blog (la république des livres), raconta sa rencontre avec Anna Marly en 2000. C’était pour une émission de France-Culture en direct qui avait lieu au Select, "l’un des cafés historiques de Montparnasse". Extraits :

« Très droite, digne et déterminée, Anna Marly se raconta avec humour et aussitôt tous furent captivés. Quand l’émotion affleurait, elle en chassait dans l’instant toute sensiblerie et tout sentimentalisme. Elle nous fit rire pendant une heure. Jusqu’au morceau de résistance : le Chant des partisans bien sûr, puisque c’est de là que vint sa notoriété et son surnom, malgré tous les succès qu’elle avait pu écrire après. En 1944, Anna Marly en avait composé la musique, et Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon les paroles. Notre réalisateur Georges Kiosseff avait préparé un pot-pourri de différentes versions (Gainsbourg, Hip-hop, Rap etc) qu’elle commenta au fur et à mesure à sa manière : "ridicule… beurk… nul… vous aimez ça, vous ?…". Jusqu’à ce que je lui demande d’interpréter pour nous, comme ça, de chic, cet hymne qu’elle avait chanté des milliers de fois en toutes circonstances sous toutes les latitudes. "Dans la version de mon choix ?" demanda-t-elle. "Evidemment !" Alors cette femme dotée d’une force de caractère peu commune acheva de boire son café et nous offrit a capella Le Chant des partisans en russe. »

« D’ordinaire, quand un ministre, un écrivain ou un artiste parlait à ce micro du jeudi matin au Sélect, il demeurait toujours le bruit de fond des garçons tout à leur service, des chaises balancées sur les tables, du nettoyage à grandes eaux, de la machine à café et de la caisse enregistreuse, pour ne rien dire des éructations des leveurs de coude vissés au zinc qui se moquaient pas mal de l’invité. Cette fois,exceptionnellement en trois ans, un silence absolu s’installa en quelques secondes. La voix d’Anna Marly couvrait tout, sa vibration était une injonction à se taire et à respecter les paroles qui sortait de sa bouche, celles-là même qui incarnaient l’âme et l’esprit de la Résistance. Même les poivrots en furent muets de stupeur. »

« A croire que tout le monde comprenait le russe et traduisait d’instinct - même si quelques uns reprenaient tout bas les refrains en français. Preuve que ce Chant des Partisans est la vraie "Internationale", il n’en est pas d’autres. Ils avaient tous les yeux rivés sur elle. Un bistro en lévitation à l’heure du café crème par la grâce d’une évocation de l’armée de l’ombre par une femme qui ne voulait en exalter la mémoire que dans sa langue natale. Quand elle reprit le refrain les lèvres serrées, elle s’aida en frappant doucement du poing sur la table pour marquer la cadence. Quelques consommateurs se regardèrent et, émus aux larmes, en firent autant, puis d’autres et d’autres encore jusqu’à ce qu’une soixantaine de personnes en fassent autant. La musique qui s’en dégageait avait quelque chose de martial mais elle était trop chaotique pour n’être qu’un bruit de bottes. »

« Quand Anna Marly cessa de chanter, il y eut quelques secondes d’un silence de mort avant que le Sélect n’éclate en applaudissements. »

 
Est-ce vraiment le texte qui est essentiel ???

A propos de texte, le premier est meilleur que l’autre. Né du cœur, il est plus près de la vie et parle directement à l’âme. L’autre est né du cerveau, ses auteurs en ont en partie chassé la vie pour laisser la place à de "grandes" idées.

Ce n’était pourtant pas vraiment nécessaire, parce que dans le genre, nous avions déjà la Marseillaise et l’Internationale, débordantes, dégoulinantes de "grandes" idées. Hélas !

 

Note : Qu’ont donc les médias avec ce M. Druon ? Pourquoi le présentent-ils comme auteur essentiel du chant des partisans ? On veut donc raviver le nationalisme ?
Si au moins les blogs ne servaient pas de caisses de résonance !

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