Ames perdues

De la violence en milieu scolaire et de la difficile localisation de la pensée chez le scientifique

Accueil > Points de vue > Ames perdues > De la violence en milieu scolaire et de la difficile localisation de la (...)

dimanche 7 juin 2009

Ce fut aujourd’hui une journée de lecture essentiellement. Et accessoirement de paresse, sans doute. Mais je crois que c’est bon pour la pensée.

J’ai lu en particulier, dans un article intitulé "Dans l’enfer du cyberharcèlement" paru dans le dernier numéro de Cerveau et Psycho, ceci :

« Le harcèlement "réel" en milieu scolaire a des conséquences bien connues sur les victimes : augmentation de l’anxiété, symptômes dépressifs, troubles du comportement alimentaire, faible estime de soi, difficultés d’ajustement psychosocial, crainte de fréquenter les lieux scolaires. Dans l’ensemble, c’est ce qu’on trouve aussi chez les victimes de cyberharcèlement : symptomatologie anxieuse et dépressive, symptômes de stress ou sentiment de colère. Mais cela peut aller plus loin. Une étude particulièrement alarmante, réalisée sur 37 fusillades dans les établissements scolaires de 1974 à 2000 sur 41 agresseurs, a montré que 71 pour cent d’entre eux se sentaient harcelés, persécutés, ou blessés par les autres personnes de leur entourage scolaire avant leur acte. Que se passe-t-il lorsque l’on est victime d’agression sur internet ? M. Ybarra a montré que les victimes de cyberharcèlement avouent huit fois plus que les autres qu’elles ont apporté une arme à l’école durant le mois écoulé… De quoi faire réfléchir à l’heure où les massacres en milieu scolaire s’importent en Europe. »

Ca me fait penser… Je ne suis pas quelqu’un de violent et je ne sais même pas me battre, pourtant une fois, il y a longtemps, je me suis battu. C’était dans la cour de l’école, je devais être en quatrième, je crois, ou bien en troisième. Il y avait un type qui depuis toujours me harcelait. C’est du moins ainsi que je le ressentais. Il se moquait de moi et je le prenais très mal, mais je suis incapable aujourd’hui de dire en quoi cela consistait au juste.

Bref, un jour j’ai explosé. Je me souviens de l’attroupement tout autour de la bagarre. Nos camarades riaient, ils avaient du spectacle !
Je ne me rappelle pas comment cela s’est terminé. Sans doute que nous avons été séparés par des surveillants.

Par la suite j’ai réalisé que le gars qui me harcelait n’avait pas du tout conscience de me harceler, il avait été extrêmement surpris de ma réaction ce jour-là. Pour lui, il ne me harcelait pas, il jouait, tout simplement, il plaisantait.

Quelque chose me dit que les violence d’apparence gratuite qui surgissent de temps en temps dans des écoles ne sont peut-être pas si gratuites que cela.

L’article poursuit :

« Ces actes extrémistes sont-ils une vengeance contre un groupe qui vous a rejeté ? Cela reste à établir. En tout cas, le sentiment d’exclusion sur Internet est réel et produit des effets profonds. Une étude expérimentale du psychologue Kipling Williams, de l’Université australienne Macquarie, a montré que des internautes exclus par d’autres d’un forum de discussion ou d’un jeu en ligne éprouvaient des émotions négatives, une diminution de leur sentiment d’appartenance, de contrôle, d’estime de soi et de perception du sens de l’existence. Des effets qui se manifestent jusque dans le cerveau des utilisateurs, puisque le fait d’être exclu d’un jeu de cyberball modifie l’activité du cortex cingulaire antérieur, région du cerveau qui est également impliquée dans l’expérience de la douleur physique. En outre, d’après les psychologues Sameer Hinduja et Justin Patchin, les victimes de cyberharcèlement présenteraient davantage de pensées suicidaires… Désir d’en finir et soif de vengeance forment généralement un mélange dangereux, à surveiller de près. »

Devant de tels actes il est difficile de ne pas penser à une vengeance, effectivement.
Mais pourquoi l’auteur – Laurent Bègue, membre de l’Institut universitaire de France et prof de psycho à l’Université de Grenoble – parle-t-il d’« effets qui se manifestent jusque dans le cerveau des utilisateurs » ? Où s’attendait-il donc à en trouver la manifestation, dans les orteils ? Car toute manifestation comportementale a une manifestation biologique qui lui correspond, nécessairement ; nous sommes des êtres biologiques, pas des êtres surnaturels. Et je croyais que l’on avait depuis longtemps identifié le cerveaux comme étant de loin le principal site biologique où se trament nos comportements les plus complexes – et même les plus simples, d’ailleurs.

Pourtant la plupart des auteurs présentent les choses de cette façon ou à peu près, ayant toujours l’air de s’étonner de la présence dans le cerveaux d’événements biologiques accompagnant des événements comportementaux.
Et pourtant, dans le même temps, on n’hésite pas à prescrire des produits chimiques afin de modifier des comportements.

Tout cela n’est pas clair. Et il y a quelque chose de pas clair dans la tête de nos scientifiques… à moins que ce ne soit dans leurs orteils, dans leurs fesses ou je ne sais où !

 
 
LE DEVENIR
SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0