Peuples sans limites

Songe auvergnat sur le devenir

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dimanche 23 août 2009

VENDREDI 7 AOUT 2009

Comme le soulignait il y a maintenant plus de quarante ans Lewis Mumford [1], « une économie centrée sur la machine se mit à prospérer comme autrefois, dans les pampas argentines, le chardon du Canada quand son invasion détruisit le complexe écologique qui avait maintenu en équilibre l’environnement. Dans cette métamorphose, l’image mécanique du monde en toutes ses nombreuses manifestations subjectives joua un rôle peut-être aussi significatif que l’assemblage entier des inventions nouvelles.

Pour ceux qui étaient sensibles à l’image mécanique du monde, l’extension de la machine à toutes les activités humaines possibles était beaucoup plus qu’un moyen pratique de supprimer le fardeau du labeur ou d’accroître la richesse. Tandis que s’éteignaient les préoccupations métaphysiques de la religion, ces nouvelles activités étaient ce qui donnait à la vie une signification neuve, si malheureux que les véritables résultats pussent paraître à n’importe quelle évaluation froidement rationnelle. »

Plus loin il ajoutait : « Quand une idéologie entraîne des significations aussi universelles, et commande une telle obéissance, elle est devenue, en fait, une religion, et ses impératifs ont la force dynamique d’un mythe. »

Puis : « Le contraste qu’avait souligné Descartes, et que nous avons déjà cité, entre une ville qui s’est développée graduellement, maison par maison, rue par rue, et la cité qui a été projetée en tant que structure unifiée par un seul esprit, serait valable pour le contraste similaire entre la diffuse tradition polytechnique et celle de la monotechnologie. Le système énergétique n’admet qu’un genre de complexité, celui qui se conforme à son propre système et appartient à la période en cours : un système si uniforme que ses éléments sont en réalité des parties interchangeables, comme conçues par un seul esprit collectif. »

L’image mécanique du monde est aujourd’hui tellement bien installée dans tous les esprits qu’il nous est bien difficile de penser le futur autrement qu’en chiffrant le présent pour écrire l’équation de transformation qui nous amènera l’avenir, et permettre éventuellement de corriger quelques paramètres dans l’espoir d’atteindre un avenir dont nous croyons pouvoir dresser les contours dès aujourd’hui. Et pas seulement les contours, mais aussi les plans détaillés. Parce que si nous avons évacué de notre métaphysique la recherche des causes finales, lorsque nous pensons notre avenir nous continuons de commencer par la fin, nous le concevons comme s’il pouvait être assemblé comme les briques d’une maison – maison qui pourrait elle-même gagner à ne pas avoir été pensée d’un seul coup, mais construite et agrandie au fur et à mesure des besoins et des moyens. Et quand je dis pensée, je ferais mieux de dire calculée ! Parce que nous ne pensons guère de nos jours.

Nous devrions pourtant nous rendre compte que nous ne savons pas, que nous ne pouvons pas savoir quelle société nous convient le mieux, et de cesser de faire des plans sur la comète. La seule chose que nous savons, c’est que nous voulons le bonheur ; maintenant, les moyens pour y parvenir…
Les idées toutes faites (toutes calculées) sur la société du bonheur sont des mirages, y compris les idées communistes bien entendu. Or, avoir une idée toute faite de ce vers quoi l’on veut aller empêche de devenir sereinement.

Sans but. Il faut choisir le chemin. Toujours il faut choisir le chemin et non l’arrivée car l’arrivée est inconnaissable. Sauf l’ultime arrivée, mais celle-là, personne de sensé ne sera pressé de l’atteindre !

Ainsi devisais-je tranquillement en cette matinée orageuse d’été, sur des routes du Limousin par où je n’avais pas prévu de passer, après avoir aperçu un panneau indiquant la direction du plateau de Millevaches. Et pourtant ce jour-là je savais ou j’allais. Et effectivement j’y suis arrivé, finalement, et à l’heure : espérant monter ma tente avant l’éclatement de l’orage, je n’ai pas prolongé mon détours.

Je suis donc arrivé à un rassemblement d’amoureux de danses pratiquées pour le plaisir, des vieilles danses des sociétés de tradition orale jusqu’au rock, voire la break dance, en passant par la valse et le tango argentin.

Bon, en fait il n’y a pas de pratiquants de break, pas beaucoup plus de passionnés de rock… Mais peu importe, là n’est pas mon propos.

Cela se passe dans un petit bourg de l’Auvergne où il n’a finalement pas plu avant le dimanche. J’ai dansé tout l’après-midi en ateliers, en particulier une valse à huit temps et une scottish impaire – je raconte cela, c’est pour vous donner le contexte, le cadre d’où surgit mes folles rêveries –. Et présentement la nuit est tombée depuis un moment, je suis attablé sous un abri sommaire devant une bière ambrée et je devise tranquillement avec une amie occitano-normande. Sur la table d’à côté il y a une bande de catalans qui chantent joyeusement, qui font de la musique, qui rient.
Quelques catalans se mettent à danser tandis que d’autres jouent sur leurs instruments des danses de chez eux. Nous les regardons, nous les écoutons. D’autres catalans passant par là se joignent à eux. Plus d’une heure passe…

Mon amie me dit : "Tu as vu, ils ne sont plus autour de la table, ils ont tous formé un grand cercle dehors !" Ben non, je n’avais pas remarqué, cela s’était fait si… naturellement ! Ils ne dansaient plus, ils chantaient à nouveau, mais ils étaient dehors là où les avait amenés la danse. Cela s’était fait progressivement, par petites touches, sans que personne s’en préoccupe vraiment.

Ils chantaient. Quelques-uns d’entre eux sont partis, le cercle cassé s’est rapproché de la table tout aussi imperceptiblement. Et comme il n’y a pas que les catalans à aimer chanter, un chant en occitan s’est élevé de la table où je me trouvais, repris par quelques catalans…

La table de la Catalogne a continué de se vider tandis que le chant s’internationalisait un peu, puis s’éteignait faute de participants.

 
Imaginez une salle de concert. Que peut y faire le public entravé ? Rien, faute de devenir possible il ne peut qu’exploser. Je venais d’assister au devenir d’une microsociété d’un soir et je songeais aux entraves de notre société contemporaine, entraves spatiales, temporelles(le règne de l’horloge, l’organisation travail/loisir…), spirituelles (les medias…).

SAMEDI 8 AOUT 2009

Je ne me suis jamais intéressé au tango argentin, jusqu’à tout à l’heure. Je croyais savoir ce que c’était à peu près : je l’avais vu à la télé, il y a longtemps (je ne regarde plus la télé). Quelle bêtise ! La télé excelle à transmettre l’inessentiel de ce qu’elle représente, que ce soit de la danse, des œuvres d’écrivains, des peuples… A cause de téléfilms vus dans mon adolescence, je n’ai lu Stendhal qu’à l’approche de la trentaine et Simenon à plus de quarante ans.

Je viens de voir en chair et en os un couple danser le "tango argentin". Je mets entre guillemets parce que ce que je viens de voir ne correspond pas à l’image que j’en avais, ni même aux images que l’on trouve en premier sur internet, sur wikipedia, ni tout à fait aux explications de ce dernier. Mystère… Le couple était en fait séparé les trois-quarts du temps, mais les deux partenaires dialoguaient sans cesse, bien sûr. Moins, peut-être, lorsqu’ils étaient enlacés, parce qu’alors l’homme guide plus fermement…

Je n’avais pas prévu de voir ce spectacle – ben oui, c’était un spectacle, pas un bal –, je ne me dérange pas pour les spectacles. Mais quand je suis passé devant par hasard, je suis resté figé : ils étaient magnifiques, leur dialogue était magnifique, leurs mouvements étaient magnifiques, la communion de tout cela avec la musique était magnifique…

Enfin, moi, c’est ce que j’ai vu, mais mon amie occitano-normande n’a pas aimé…

J’ai donc fait partie un moment d’un public entravé, mais le spectacle était si passionnant que je n’avais pas besoin d’autres entraves. J’étais fasciné.

A propos de public, à propos de nous, de "nous", il se passe quelque chose d’étrange dans la langue parlée en France. Si je peux écrire "nous, le public, étions fascinés" alors que pourtant le public est une "troisième personne", ce n’est guère qu’une licence de style pour la langue écrite. Dans le langage parlé courant il se passe le contraire, "on" tend de plus en plus à remplacer "nous" : hier soir on a fait ceci, on verra bien ce que cela donnera. Le public mérite pourtant bien la troisième personne, "le public était fasciné", même quand j’en fait partie, tandis qu’il est dommage de dire "hier on a dansé ensemble", parce qu’alors on peut se demande qui c’est, ce "on", et, même, si hier nous dansions vraiment ensemble.

Nous nous mettons à parler de nous comme si cela concernait d’autres personnes que nous. Comme si nous avions conscience de ne pas exister vraiment. Comme si nous avions conscience de ne pas exister en tant que peuple, à force d’être représentés (élus, sondages, medias), à force de s’être ainsi retiré au profit d’un peuple imaginaire, "lui" (décrit par les sondeurs, montré en images par les medias, et personnifié par des élus).

Bon, ceci était une petite parenthèse sans grande pertinence, sans doute…

DIMANCHE 9 AOUT 2009

Mon amie normande d’adoption a été rejointe par toute une équipe de normands. Ils vont maintenant pouvoir se mesurer le soir, près du bar, à l’équipe catalane. Onze normands contre soixante ou soixante-dix catalans… Je plaisante, il n’y a pas de guerre d’invasion prévue.

Pour l’heure, les normands organisent une randonnée chantée. J’aime chanter, j’aime marcher, mais pourtant je ne participe jamais aux randonnées chantées… parce que je n’aime pas marcher au milieu d’un troupeau.

C’est ce que j’ai dis à mon amie. Elle m’a répondu que l’aspect "troupeau", c’était lorsqu’on voyait les choses de l’extérieur, mais lorsqu’on est dedans ce n’est pas pareil. Peut-être bien qu’elle n’a pas complètement tort, l’occitane ! Qu’est-ce qu’un troupeau ? Et d’abord, qu’est-ce qu’un troupeau de vaches ? Le sens péjoratif qu’a ce terme dans la manière que j’ai de l’employer correspond à la vision d’une bande d’animaux que l’on est en train de mener de la pâture à la salle de traite (j’ai souvent fait cela dans mon enfance), ou, mieux, au camion qui les mènera à l’abattoir. Mais même les vaches domestiques laissées à elles-même dans une vaste pâture n’ont plus du tout le même aspect. Chacune s’ébat librement dans cette pâture, chacune vaque à ses occupations tranquillement. Elles ont alors chacune plus de degrés de liberté. C’est le vrai "troupeau" : un peuple de vaches.

Bon, alors je ne parlerai plus de troupeaux. D’ailleurs, la simple vérité, c’est que j’ai du mal à me sentir à l’aise au sein d’un groupe. C’est aussi pour cela que je ne vais guère aux spectacles, où le public entravé ressemble aux vaches que je conduisais dans mon enfance (je tiens à préciser que j’ai de l’affection pour les vaches).

Je parlais de vaches "laissées à elles-mêmes". C’est une très belle expression, ça, "laissé à elle-même", "laissé à lui-même". Mais pourquoi l’emploie-t-on… pourquoi l’employons-nous péjorativement, et surtout à la troisième personne ? moi je rêve que nous nous laissions enfin à nous-mêmes.

LUNDI 10 AOUT 2009

Ce matin j’ai participé à un atelier consacré à un branle béarnais, le "branle de la vallée d’Ossau". Excellent animateur, très agréable musique. Mais nous n’avons guère dansé en chaîne, encore moins en rond. Il paraît que cela se danse en couple, maintenant. C’est bizarre, moi qui n’aime pas les "troupeaux", j’aime beaucoup danser en chaîne. Pourtant, les degrés individuels de liberté sont assez limités en chaîne ! Il faut croire que, sous certaines conditions, j’aime rejoindre le troupeau, j’ai besoin de me sentir dans le troupeau, du troupeau. Suivre le mouvement tout en ayant une possibilité de m’exprimer. Partager quelque chose mais sans m’anéantir…

Des ateliers, il y a des gens qui en font trois dans la journée, et complètement différents. De la danse de Suède ou de Catalogne, de la valse asymétrique, de la contre-danse, du fandango… Mais comment peuvent-ils faire ? Il y a là non seulement différentes musiques mais aussi différentes façons de réagir à la musique, et ces façons de réagir demandent, exigent une longue imprégnation pour qu’elles fassent partie de nous-mêmes, danseurs. Et ils passent de la polska au branle béarnais (moi-même je l’ai fait un peu) !
Si encore les explications des animateurs d’ateliers relevaient toujours essentiellement du "sensible", se concentraient sur l’essentiel de la danse, le rapport entre elle-même et la musique, entre les différentes parties du corps du danseur et la musique. Mais non, beaucoup d’animateurs ne savent que décomposer le pas, décrire une chorégraphie et compter un, deux, trois…

On ne s’imprègne plus, on se gave

Nous ne nous imprégnons plus (de musique et de mouvements), cela demanderait trop de temps, sans doute. Alors nous nous gavons rapidement (d’explications techniques). Un vrai troupeau d’oies !

Nous cherchons à construire notre danse au lieu de devenir. Mais devenir exige de choisir. Je ne pense pas que l’on puisse-t-être à la fois vraiment un danseur du plinn breton, un danseur de la polska suédoise, un danseur du rondeau gascon et un danseur du fandango basque. Mais nous avons tous tendance à le croire parce que nous croyons que ce n’est qu’affaire de technique.
Non, c’est affaire de sens, et nos sens deviennent tout le long de notre vie (à moins d’avoir recours à des méthodes hards : chirurgie, chimie, manipulations mentales…).

Nous ne pouvons pas être de trente-six troupeaux à la fois, nous ne pouvons pas avoir mille histoires.

MARDI 11 AOUT 2009

Je lis de temps à autre, allongé sur la pelouse à l’ombre, un petit bouquin acheté sur place : « N’oublions pas, n’oublions jamais ce cri qui traverse notre humanité et qui est producteur lui aussi de musiques traditionnelles, qui sont très souvent et presque toujours des musiques de protestation. Et là, ces musiques, je dirais, dénotent justement d’une cohérence rompue. Et il ne faut pas l’oublier, cette notion dialectique en fait. Nous tous évidemment aimerions que ces musiques reflètent une cohérence, s’inscrivent dans elle, la confortent, nous la renvoient, mais n’oublions pas non plus l’autre aspect, parce qu’il me semble tout à fait fondamental et c’est peut-être ça le véritable cœur de ces musiques, la protestation, la souffrance collective. Remarquons une chose évidente. Les groupes folkloriques ont toujours le sourire à la bouche. Jamais vous ne verrez un groupe folklorique danser en protestant. » [2]

Le peuple imaginaire a nommé "patrimoine" ce que le peuple réel avait cessé d’habiter, et il a nommé les vieilles chansons et les vieilles danses "patrimoine oral" quand le peuple réel a eu cessé de chanter et de danser.
Cela dit, je ne pense pas qu’il n’y avait que de la protestation dans les musiques, chansons et danses traditionnelles, à moins d’appeler "protestation" tout acte permettant d’échapper un moment à la morosité écrasante des jours de servitude.
Mais… et les chants de travail ?

MERCREDI 12 AOUT 2009

J’en reviens aux descriptions techniques auxquelles je pensais avant-hier. Ce sont le plus souvent des descriptions statiques décrivant des états successifs de la danse. Mais la danse c’est pas ça, c’est tout le reste, les passages d’un état à l’autre, et pas seulement la route, mais la force, le dynamisme.
Un nombre non négligeable de danseurs s’imaginent vivre – j’ai l’impression que je devrais plutôt écrire "faire" –, un tas de danseurs s’imaginent produire une danse plus riche lorsqu’ils enchaînent figure sur figure. Ben, le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est loin d’être automatique !

Est-ce qu’ils écoutent assez la musique, c’est techniciens ? (là je suis très méchant – la jalousie, peut-être –, comme si j’étais un auditeur irréprochable, moi, le petit danseur de laridés haut-bretons et de scottishs rapides ! sans compter que nous ne recherchons pas tous la même chose dans la danse et dans la musique, que nos bonheurs sont différents…)

La soirée d’aujourd’hui fut dominée par la Normandie. Enfin, moi en tout cas je fus dominé par la Normandie. Aussi, pourquoi tu as une voix pareille, Agnès ?

Donc, après que l’équipe normande eut brillamment ouvert la soirée par une petite heure de chansons de leur région puis un bal avec, entre autre, des rondes chantées, je l’ai rejointe à proximité du bar où nous avons passé tout le reste de la soirée, enfin… de la nuit devrais-je dire. Nous y avons chanté, en commençant par des chansons à boire, nous avons bu, nous avons chanté. La bière et le vin ont coulés à flot, je dois bien l’avouer… Mais, en chantant, nous ne nous soucions guère de sauvegarde du patrimoine, au moins !

A quelques tables de là, peut-être une heure plus tard, ou deux, ou trois je ne sais, une partie de l’équipe catalane s’est également attablée et mise à chanter. Quand nous nous en sommes aperçues, nous nous sommes rapprochés d’eux : plus on est de fous, plus on chante ! Enfin, c’est ce que nous espérions.
Donc l’équipe normande entama un refrain en français qui ne fut pas beaucoup repris par les catalans, un peu quand même. Puis les catalans reprirent la main, puis les normands…
Bref, il n’y eut pas de fusion en une grande équipe "internationale", hélas !

Finalement et contre toute attente, l’équipe normande, pourtant très inférieure en nombre, resta maître du terrain – comme on dit, hélas ! – Sans doute parce que les catalans eurent envie d’aller danser ailleurs un petit peu avant de se coucher, ou bien même allèrent-ils directement au lit. La deuxième guerre de fusion normando-catalane avait échouée.

JEUDI 13 AOUT 2009

(petite gueule de bois et gros manque de sommeil)

VENDREDI 14 AOUT 2009

Quelqu’un qui me voyait regarder les autres danser et à qui je disais que cela m’arrivait de plus en plus souvent ici, m’a dit "mais comment vas-tu progresser si tu te contente de regarder ?" Progresser ? S’agit-il de progresser ? Il y a un diplôme à la fin ?

Moi, je suis là pour jouir de la musique des autres, de la danse des autres et de ma propre danse. Et pour chanter aussi, ce que j’ai un peu plus de mal à faire – mais c’est une autre histoire.

Et pour jouir en même temps de la musique, de la danse des autres, de sa propre danse et du chant, il n’y a rien de tel que la ronde chantée. Mais la ronde non chantée est intéressante également. C’est un troupeau où il peut y avoir un meneur. Et même, pour qu’il s’y passe vraiment quelque chose il faut qu’il y ait un meneur, qu’à chaque instant il y ait un meneur mais prêt à laisser la main à tout moment. Dans la ronde chanté celui qui mène le chant mène aussi la danse, et il faut attendre la fin de la chanson pour prendre la main à son tour si on en a envie (et une chanson en tête). De ce point de vue la ronde non chantée laisse plus de liberté. Mais bien peu de danseurs en profitent, tellement de nos jours nous avons tous tendance à danser individuellement – même au sein d’une chaîne – au lieu de dialoguer entre nous tout en répondant à la musique.

Notre danse est à l’image de notre société.

Mais il n’y a pas que la ronde. Et des signes indiquent qu’il n’y a pas lieu de perdre espoir.

Polska, Studentspelmanslags-VM 2007

 
Le monde comme musique, la vie comme danse.

[1dans Le mythe de la machine. Voir un extrait plus long ici.

[2Michel de Lannoy (au cours d’un débat), in Transmettre la musique traditionnelle aux enfants, actes des rencontres nationales de formateurs en musiques traditionnelles de NOTH (Creuse) des 12-13 mai 1994, FAMDT éditions (voir d’autres extraits de ce livre ici).
Ce n’est pas indiqué dans le livre mais, sauf erreur, Michel de Lannoy est maître de conférence à l’université de Tours et membre de la Société Française d’Ethnomusicologie.

 
 
LE DEVENIR
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