Extraits

Suspiria de profundis, suite à Les confessions d’un opiomane anglais
Editions Gallimard, collection Idées. 1962, réédition de 1975

Le train du progrès fonce dans l’homme

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mardi 13 février 2007

« Déjà, tant du fait de cinquante ans de puissantes révolutions parmi les royaumes de la terre que du développement continu de vastes agents physiques, la vapeur dans toutes ses applications, la lumière dressée et réduite par l’homme en esclavage, des forces descendues du ciel pour influer sur l’éducation ou sur l’accélération de la presse d’imprimerie, des forces infernales (comme il semblerait, car en fait elles sont aussi célestes) promouvant l’artillerie et les forces de destruction, l’œil de l’observateur le plus calme est troublé ; le cerveau est hanté comme d’esprits jaloux qui circuleraient parmi nous ; et il devient trop évident qu’à moins que ce formidable train du progrès ne se puisse ralentir (ce qu’il ne faut point attendre), ou, ce qui est heureusement plus probable, ne vienne à rencontrer des forces opposées d’importance correspondante, orientées, celles-là, vers la religion ou la profonde philosophie, et qui résisteraient par une action centrifuge à cette tempête de vie si périlleusement centripète dont l’entraînement mène au tourbillon de ce qui n’est qu’humain, laissée à elle-même, donc, la tendance naturelle d’un tumulte si chaotique doit être vers le mal : pour certains esprits vers la démence, pour d’autres vers le règne d’une torpeur charnelle. »
Thomas de Quincey dans Suspiria de profundis (1846, suite aux Confessions d’un opiomane anglais), traduction de Pierre Leyris.

 
 
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