Extraits

Technique et civilisation
Editions du Seuil, 1950

Comme dans un palimpseste

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jeudi 5 avril 2007

« "L’idée que l’homme se fait des choses eut toujours pour le moyen-âge, dit Emile Mâle, plus de réalité que les choses mêmes. On comprend pourquoi ces siècles mystiques n’eurent pas la moindre idée de ce que nous appelons la science. L’étude des choses prises en elle-mêmes n’avait alors aucun sens pour les hommes de pensée. Comment eût-il pu en être autrement, puisque le monde était conçu comme un discours du Verbe, dont chaque être était une parole ? Discerner les vérités éternelles que Dieu a voulu faire exprimer à chaque chose, retrouver en toute créature une ombre du drame de la chute et de la rédemption, telle était la tâche du savant qui observait la nature."

En évitant cette attitude, le vulgaire avait un avantage sur l’érudit : son esprit était moins capable de forger ses propres entraves. L’intérêt porté à la nature ne résulta pas du nouveau savoir classique de la Renaissance. Il pénétra par un tout autre chemin à la cour, l’étude et l’université après avoir fleuri, quelques siècles plus tôt, parmi les paysans et les maçons. Dans le carnet de notes de Villard de Honnecourt, précieux héritage d’un grand maître d’œuvre, on voit les croquis d’un ours, d’un cygne, d’une sauterelle, d’une mouche, d’une libellule, d’un homard, d’un lion et de deux perroquets, tous directement d’après nature. Le Livre de la Nature réapparut, comme dans un palimpseste, dans le Livre du Monde. »
Lewis Mumford, Technique et civilisation, 1934. Traduction Denise Moutonnier.

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