Extraits

Une jeunesse en Allemagne

Les chaînes de la servitude

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vendredi 16 février 2007

« Et cependant, les hommes meurent ici de faim alors que l’on jette là-bas le blé à la mer, ici se dressent de somptueux palais vides alors que, là, l’homme n’a pas de toit sur la tête, ici des enfants dépérissent alors que là on gaspille les biens, les demeures de l’esprit restent fermées à ceux qui n’ont rien, les plus nobles énergies de l’humanité sont gaspillées et saccagées et les fausses idoles exigent sans mesure des victimes. La déraison et l’aveuglement règnent sur les peuples et les peuples supportent leur domination parce qu’ils n’ont pas confiance en l’esprit, en la raison, qui pourraient endiguer, ordonner le hasard et le chaos et leur donner forme d’une manière créatrice. Parce que l’homme croît organiquement, il nomme ses golems, l’économie et l’Etat, des formations organiques, endormant ainsi sa mauvaise conscience – n’est-il pas en effet sans pouvoir devant l’insaisissable, l’indomptable toute puissance d’un monde qui contient la mort comme un destin inéluctable ? L’angoisse devant la vie creuse et ronge profondément en lui, il aime la liberté, mais il a peur d’elle et préfère s’abaisser et forger lui-même les chaînes de sa servitude plutôt qu’oser respirer et créer, en toute liberté et responsabilité. »
Ernst Toller, Une jeunesse en Allemagne (1933).

 
(ne disposant pas, actuellement, de ce livre, je n’ai pas encore vérifié l’exactitude de ma copie, ni indiqué le nom du traducteur – j’avais noté ce passage il y a une dizaine d’années)

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