Extraits

Trois poètes de leur vie
Le livre de poche (la Pochothèque), Librairie générale Française, 1996

Le réflexe naturel de l’homme (?)

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samedi 24 novembre 2007

« N’est-ce pas la chose la plus naturelle du monde que d’appeler beau ce qu’on trouve tel et de régler sa vie selon son bon plaisir ! Sans doute, et on voudrait le croire ; mais à bien y regarder, quel est l’homme qui parvient à sentir, à penser avec une indépendance d’esprit absolue ? Et même parmi ceux qui se forment une opinion sur un livre, un tableau, un événement d’après un jugement qui semble personnel, qui aurait ensuite le courage de la proclamer délibérément envers et contre toute une époque, contre tout un monde ? Nous sommes tous inconsciemment influencés à un plus haut degré que nous ne voulons bien nous l’avouer : l’air du temps pénètre au plus profond de nos poumons et même de notre coeur, nos jugements et nos avis se frottent à une foule d’autres façons de voir coexistantes, s’épointent et s’émoussent imperceptiblement à leur contact ; les suggestions de l’opinion générale traversent invisiblement l’atmosphère à la façon des ondes hertziennes ; le réflexe naturel de l’homme n’est donc pas d’affirmer sa personnalité, mais de conformer son opinion à celle de l’époque, de capituler devant le sentiment du plus grand nombre. Si l’écrasante majorité de l’humanité n’était pas d’un conformisme aussi apathique, si des millions d’hommes ne renonçaient pas par instinct ou par paresse à leurs idées propres, personnelles, il y a longtemps que la gigantesque machine serait arrêtée. »
Stefan Zweig, Trois poètes de leur vie – Stendhal , 1928. Traduction de Alzir Hella.

 
 
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