Extraits

De l’inégalité parmi les sociétés
Editions Gallimard - 2001, Collection Folio essais - 2007

L’expansion de l’espèce

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samedi 16 février 2008

« Bien qu’un petit nombre de bandes et de tribus survivent aujourd’hui dans des terres reculées et écologiquement marginales échappant au contrôle de l’Etat, les chefferies pleinements indépendantes avaient disparues du XXe siècle, parce qu’elles occupaient bien souvent les meilleures terres convoitées par les Etats. En l’an 1492 de notre ère, les chefferies étaient cependant encore largement répandues sur une bonne partie du territoire de l’est des Etats-Unis, dans les régions productives d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud mais aussi d’Afrique subsaharienne qui n’étaient pas encore passées sous la coupe d’Etats indigènes, et dans toute la polynésie. Les recherches archéologiques […] laissent penser que les chefferies sont apparues autour de 5500 av. J.-C. dans le Croissant fertile et autour de 1000 av. J.-C. en Mésoamérique et dans les Andes. […]

Pour ce qui est de la taille de la population, les chefferies étaient nettement plus importantes que les tribus : de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Ce fait créait de sérieux risques de conflits internes parce que, pour tout habitant de la chefferie, l’immense majorité des autres ne lui étaient ni apparentés par le sang ou par alliance ni connus de nom. Avec l’essor des chefferies, les gens durent apprendre, pour la première fois de l’histoire, à rencontrer régulièrement des inconnus sans chercher à les tuer. »
Jared Diamond, De l’inégalité parmi les sociétés, 1997, traduction Pierre-Emmanuel Dauzat.

 

note : Jared Diamond, voilà un auteur qui dresse un tableau assez complet et convainquant de l’histoire de l’humanité sans avoir décidé par avance qu’il s’agissait d’une chute ou d’un progrès ; et il en arrive à cette évidence : il ne s’agit ni de l’un ni de l’autre, l’histoire humaine n’est qu’une suite assez extravagante d’essais, de hasards, d’échecs, de nécessités… L’espèce humaine survit et croît par tous les moyens a sa disposition, voilà tout…
Et il en ressort également un fait beaucoup moins évident : l’espèce grandit, mais aussi parfois l’individu… parfois.

Bien entendu, cela n’empêche pas que tout puisse un jour s’écrouler. Et il n’y a pas lieu de s’en réjouir.

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