Extraits

Cœur double (préface)
Editions Gallimard (1934), dans la collection L’imaginaire, 1997

Aller de la terreur à la pitié

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mardi 20 février 2007

« La vie humaine est d’abord intéressante pour elle-même ; mais, si l’artiste ne veut pas représenter une abstraction, il faut qu’il la place dans son milieu. L’organisme conscient a des racines personnelles profondes ; mais la société a développé en lui tant de fonctions hétérogènes, qu’on ne saurait trancher ces milliers de suçoirs par où il se nourrit sans le faire mourir. Il y a un instinct égoïste de la conservation de l’individu ; Il y a aussi le besoin des autres êtres, parmi lesquels l’individu se meut.

Le cœur de l’homme est double ; l’égoïsme y balance la charité ; la personne y est le contrepoids des masses ; la conservation de l’être compte avec le sacrifice des autres ; les pôles du cœur sont au fond du moi et au fond de l’humanité.

Ainsi l’âme va d’un extrême à l’autre, de l’expansion de sa propre vie à l’expansion de la vie de tous. Mais il y a une route à faire pour arriver à la pitié […]

L’égoïsme vital éprouve des craintes personnelles : c’est le sentiment que nous appelons TERREUR. Le jour où la personne se représente, chez les autres êtres, les craintes dont elle souffre, elle est parvenue à concevoir exactement ses relations sociales.

Or, la marche de l’âme est lente et difficile, pour aller de la terreur à la pitié. »
Marcel Schwob, début de la préface à Cœur double, Paris, mai 1891.

 
 
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