Extraits

Sexe mécanique, la crise contemporaine de la sexualité
Editions de la Table Ronde, collection Contretemps, Paris, 2002

Les "choses" ne sont plus des choses

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dimanche 28 juin 2009

« Si l’on pose au départ que la conscience du sujet est purement représentative, toute réalité, quelle qu’elle soit, nous apparaît comme une "image" ou un "tableau". Mais de quoi ces images sont-elles images ? Le réaliste épais répondra qu’elles sont forcément images de quelque chose. Et de déclarer aussitôt, pour bétonner sa posture : "je ne crois que ce que je vois". Mais ce qu’il ne voit pas, c’est qu’il tend les ressorts du piège dont les machoires vont bientôt se refermer sur lui avec un claquement gourmand. Car à partir du moment où il n’y a pas d’autre réalité que celle des impressions qui apparaissent dans le petit théâtre intime de notre conscience empirique, l’être du sujet se réduit à l’acte de percevoir, et l’être de la réalité perçue au fait qu’elle est perçue.

Esse est percipere, esse est percipi
 : être c’est percevoir, être c’est être perçu, voilà ce que Berkeley a osé nous révéler. D’un seul coup, toute réalité devient image – Berkeley dit "idée" –, ce qui interdit de faire des images les images des choses, puiqu’il n’y a plus aucune différence entre les deux [1]. Les "choses" ne sont plus des choses et les "images" ne sont plus des images. »
Dominique Folscheid, Sexe mécanique, la crise contemporaine de la sexualité, 2002.

[1C’est ainsi que les physiciens ont imaginé un monde quantique, celui constitué par l’ensemble des mesures effectuées par leurs instruments, mesures elle-mêmes intelligibles seulement à travers une analyse statistique – comme, d’ailleurs, c’est généralement le cas aussi en sociologie, par exemple.

 
 
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