Extraits

Le harem européen
Editions Le Fennec, Casablanca

Mieux tu comprends un étranger…

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dimanche 12 juillet 2009

« "Voyager est une occasion magnifique d’acquérir un pouvoir singulier, il suffit d’écouter ces êtres surprenants qui surgissent des horizons inconnus : les étrangers", répétait Yasmina ma grand-mère, une femme illetrée qui vivait dans un harem, c’est-à-dire une maison aux portes jalousement fermées. Des portes que les femmes étaient supposées ne jamais entrouvrir. "Tu dois concentrer ton attention sur l’étranger de passage et essayer de le comprendre. Mieux tu comprends un étranger, mieux tu te connais toi-même. Et mieux tu te connais, plus grand est ton pouvoir." Pour Yasmina, le harem était une prison, un lieu où les femmes étaient enterrées vives. D’où sa glorification des voyages. Pour elle, passer les frontières était un privilège, la voie royale pour sortir de son impuissance. A Fès, la cité médiévale de mon enfance, la rumeur disait que des maîtres soufis avaient réussi, à force de s’entraîner à l’écoute disciplinée des étrangers, à atteindre un degré inouï du savoir, à cet état de grâce où l’on reçoit des lawami’, des illuminations extraordinaires.

[…]

Pour transformer le voyage en une ouverture sur le monde, il faut s’entraîner à capter les messages. "Il faut cultiver l’état de Isti’dad, de vigilance, me murmurait Yasmina tout près de l’oreille, d’une voix de conspiratrice, pour exclure ceux qu’elle jugeait indignes de recevoir l’héritage soufi. Le bagage le plus précieux d’un étranger est sa différence. Si tu te concentre sur le dissemblable et le différent, tu peux recevoir des illuminations, des lawami’."
Fatema Mernissi, Scheherazade goes West, 2001. Titre de l’édition en français française : Le harem et l’Occident. Titre de l’édition en français marocaine : Le harem européen.

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