Notes ouvertes

Pour une réflexion sur l’usage de la violence

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lundi 1er février 2010

- Si l’intelligence avait dans notre culture le rang qu’on lui prête le plus souvent, la violence serait considérée comme l’arme des faibles et des désespérés, et les Etats n’essaieraient pas d’en faire leur monopole. D’ailleurs, existerait-il encore des Etats ?

- Aujourd’hui il est fréquent de considérer comme faible d’esprit le doux, le tendre, celui qui ne cherche pas le combat, le non-agressif, comme si la violence – qui ne commence pas avec le premier coup donné, mais avec la menace – était l’associée de l’intelligence. Ceux qui préconisent l’esprit zen ne constituent même pas une exception, car ce qu’ils refusent, c’est la colère, l’absence de "maîtrise de soi", plutôt que la violence – qui, elle, peut être calculée, sournoise, invisible. Est-ce notre époque qui a tiré de l’adjectif brut ("qui est dans un état primitif") le substantif brute avec le sens de "homme sans esprit" et simultanément de "homme violent" ?

- L’être qui a inventé mille langages a-t-il encore besoin de la violence contre son semblable ? Il s’en sert parfois contre l’animal domestique, voire contre l’enfant, justement à défaut d’un langage commun, mais aussi parce qu’il s’estime le maître et veut le rester. Ce sont les deux conditions de la violence initiale légitime (l’attaque légitime) si elle existe, par conséquent la question qu’il faut se poser face à la violence est : a-t-on affaire à un maître légitime et juste ? Et bien sûr, si on veut l’exercer soi-même, il faut se demander en vertu de quoi on s’estime le maître.

- L’être humain n’étant pas un ange mais un être de chair, il faut garder à l’esprit l’existence des phénomènes d’habitudes comportementales : avoir usé plusieurs fois de la violence rend plus tentant et facile l’usage de la violence… Les plus sujets à cette condition humaine la nieront facilement, et les plus cultivés le feront sous le prétexte qu’elle relèverait d’une vision mécaniste de l’humain et de la vie (habitude comportementale = automatisme…), alors que c’est tout le contraire, précisément ce qui distingue les êtres naturels de nos inventions mécaniques : ce grâce à quoi ils ne sont jamais le soir ce qu’ils étaient le matin. Ceux qui nient de cette façon la puissance de l’habitude aiment opposer l’esprit à la mécanique, plutôt que la vie ; c’est là un autre genre de réduction, celle qui consiste à enlever à la vie sa chair.

 
(Ecrit et publié le 21 avril 1999 sur mon précédent site, site également intitulé Le Devenir et qui a existé – un peu – d’octobre 98 à septembre 2001)

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