Grand Dictionnaire Universel (Larousse du XIXe)
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AMORTISSEMENT s. m. (a-mor-ti-se-man – rad. amortir). Action d’amortir, état de ce qui est amorti : La saignée produit souvent l’AMORTISSEMENT de la fièvre.

- Fig. : L’AMORTISSEMENT de l’imagination, de l’intelligence. L’AMORTISSEMENT des passions. L’AMORTISSEMENT d’une douleur. Bonaparte, en devenant consul, fut épouvanté de la cohue des solliciteurs qui encombraient ses antichambres. Il vit dès lors que le despotisme était facile ; il favorisa cette tendance et opéra l’AMORTISSEMENT des hommes et de leur capacité au moyen des bureaux, devenus la principale espérance d’une multitude de familles. (Ph. Chasles.)

- Financ. Extinction graduelle, rachat d’une rente, d’une pension, d’une redevance : L’AMORTISSEMENT de la dette publique. L’AMORTISSEMENT d’une rente viagère. L’AMORTISSEMENT devait donc aller rapidement par la décroissance des intérêts. (Balz.) L’AMORTISSEMENT des actions s’opère chaque année au moyen d’un tirage. (L.-J. Larcher.) || Fonds d’amortissement, Somme destinée à l’extinction d’une rente : L’Angleterre a un FOND D’AMORTISSEMENT avec lequel elle peut, dit-on, payer sa dette en trente-huit ans. (Napol. 1er.) || Caisse d’amortissement, Caisse fondée pour l’extinction graduelle de la dette publique, au moyen de fonds consacrés au rachat des rentes : Les financiers ne sont pas d’accord sur l’efficacité des CAISSES D’AMORTISSEMENT. (Encycl.)

- Archit. Toute oeuvre qui finit le comble d’un bâtiment, et, par ext. Tout ornement de sculpture qui va en diminuant et qui termine quelque décoration : L’AMORTISSEMENT d’un édifice, d’un fronton. Les groupes placés sur les acrotères sont L’AMORTISSEMENT du fronton.

- Mar. Etat d’un navire amorti ou échoué pendant les mortes eaux. || Etat de la mer pendant les plus faibles marées.

- Anc. jurispr. Faculté donnée aux main-mortables de devenir propriétaires.

- Encycl. Anc. droit. L’amortissement était le droit qu’autrefois les gens dits de main-morte, c’est-à-dire les confréries, les églises, les communautés religieuses, etc., étaient tenus de payer pour obtenir la permission de posséder des immeubles. Les patentes par lesquelles on accordait cette faveur s’appelaient lettres d’amortissement. Le droit d’amortissement s’éleva jusqu’au tiers de la valeur de l’immeuble amorti. Quelques auteurs en attribuent l’origine à saint Louis ; d’autres le font remonter jusque vers la fin de la seconde race des rois de France. La Révolution abolit l’amortissement en même temps que les autres droits féodaux.

- Econ. polit. Au point de vue industriel et commercial, l’amortissement est un système d’épargne appliqué à la reconstitution des capitaux à fonds perdu, et au remboursement des emprunts privés. La théorie de l’amortissement repose tout entière sur l’action incessante de la composition des intérêts à un taux déterminé. Ce système qui, pour être efficace, exige le temps, la régularité des versements, la sécurité des placements, convient particulièrement aux êtres collectifs comme les communes, les sociétés industrielles et de travaux publics. Les compagnies de chemin de fer, de canaux, d’éclairage au gaz, etc., dont les concessions sont temporaires, recourent presque toutes à l’amortissement pour reconstituer leur capital pendant la durée de la concession. L’amortissement par annuités est en usage pour les prêts hypothécaires ; chaque année l’emprunteur paye, outre l’intérêt du capital qu’il doit, une somme pour l’amortissement de celui-ci dans un temps donné, vingt ou trente ans, par exemple. L’amortissement a d’autres applications que l’analyse économique met en lumière. Les outils, les machines s’usant par l’emploi qu’on en fait, le propriétaire doit retenir une certaine somme sur les produits de ces objets pour être en mesure de les renouveler, en un mot, pour reconstituer peu à peu ce capital destiné à disparaître.

Le capital qu’un fermier dépense en améliorations sur le domaine qu’il a loué doit également se trouver reformé à l’expiration du bail, au moyen d’une partie, régulièrement capitalisée, des profits annuels.

- Financ. En langage financier, on entend par amortissement l’ensemble des institutions et des opérations qui ont pour but d’éteindre une dette publique. Dans un sens restreint, il s’applique au système de remboursement qui repose sur l’emploi de l’intérêt composé. Ce système consiste à créer un fonds d’amortissement, et à le grossir incessamment des valeurs rachetées, de telle sorte que celles-ci restent comme auparavant à la charge du budget jusqu’à l’entière extinction de la dette.

Les uns attribuent l’invention de l’amortissement à un Génois du XVIe siècle, Amaldo Grimaldi ; les autres aux frères Pâris et au contrôleur général Machaut sous Louis XV. « C’est au docteur Price, dit M. Gustave Dupuynode, que revient surtout l’honneur d’en avoir exposé les merveilles ; il en fit, dans son Traité sur les annuités reversibles, comme une mine inépuisable, comme une toison d’or de nouvelle sorte. Les trésors publics ressemblaient vraiment sous sa plume à la poche du Juif-errant ; on avait beau y puiser, ils se remplissaient toujours. Pitt s’empara de l’idée d’amortissement, et, parmi les hommes de gouvernement, il a contribué plus que tout autre à faire croire à ce décevant mirage. » En France, les premières tentatives d’amortissement remontent à 1765 ; mais c’est seulement en 1816 qu’on fonda la Caisse d’amortissement, en lui allouant une dotation annuelle de 20 millions de francs. En 1817 cette somme fut doublée. En 1825, il fut décidé que les sommes affectées à l’amortissement ne pourraient pas être employées au rachat des fonds publics dont le cours serait supérieur au pair. En 1832, on répartit l’actif de la caisse d’amortissement entre les rentes 5, 4 1/2 et 3 %, proportionnellement au capital nominal de chaque espèce de rente ; en même temps on arrêta qu’à l’avenir tout emprunt serait doté d’un fonds d’amortissement égal au moins au centième du capital nominal des rentes composant cet emprunt. De 1816 à 1848, l’amortissement fonctionne sans interruption ; après la révolution de Février, il dut être suspendu. Repris en 1859 avec 40 millions destinés au rachat journalier de rentes, il cessa de nouveau de fonctionner dès 1860 ; sa dotation est devenue une ressource ordinaire du budget, destinée à couvrir chaque année une partie de notre déficit.

En Angleterre, le système d’amortissement, après plusieurs modifications successives, fut complètement abandonné, en 1829, par l’acte de Georges IV établissant que la dette serait rachetée avec l’excédant des revenus sur les dépenses du royaume.

L’amortissement est une institution aujourd’hui condamnée par la plupart des économistes ; il est devenu évident qu’elle n’a jamais été qu’une fiction, et selon l’expression de M. Dupuynode, qu’un rouage inutile, trompeur et dispendieux ; qu’au lieu de réduire les dettes, elle a constamment et partout servi à les augmenter, grâce aux illusions qu’elle a créées. Que signifie, en effet, ce travail de Danaïdes : amortir tandis que l’on ne cesse d’emprunter ? N’est-ce pas un plaisant commerce que celui qui consiste à racheter fort cher des rentes anciennes, dans le même temps où l’on est obligé d’en émettre de nouvelles que l’on vend à bas prix ? On a calculé qu’en Angleterre, de 1793 à 1813, la perte causée par la différence entre les sommes payées pour les rentes amorties et les sommes reçues pour la même quantité de rentes émises, pouvait s’élever à 14 millions de livres sterling. « L’amortissement, dit M. E. Pereire dans l’Encyclopédie nouvelle, a eu certes une valeur organisatrice au moment où il a été établi ; c’était un leurre, si l’on veut, mais il a eu pour effet important de faciliter la transition des emprunts temporaires aux emprunts perpétuels, qui sont l’expression de la confiance la plus grande, c’est-à-dire du crédit le plus étendu. Maintenir la caisse d’amortissement lorsqu’elle a porté tous ses fruits, lorsqu’il est constant qu’il n’y a non-seulement aucun avantage à la conserver, mais encore que ses opérations occasionnent de fortes pertes à l’Etat, c’est de la déraison, c’est de l’aveuglement. »

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