Extraits

Le mythe de la machine, tome II : Le Pentagone de la puissance
Librairie Arthème Fayard, dans la collection Le phénomène scientifique, 1974

Et, tous, nous fûmes sous un ciel de mine

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lundi 26 février 2007

« Dans sa doctrine de l’environnement et son indifférence aux risques pour la vie humaine, la mine ressemble étroitement à la guerre, bien que de même elle suscite souvent, de par sa confrontation avec le danger et la mort, une personnalité rude, ayant le respect de soi-même, ainsi que des facultés d’héroïsme et de sacrifice de soi, qui n’est pas sans rappeler celle du soldat en ce qu’il a de meilleur. Mais l’esprit de destruction de la mine, et son épuisante routine de travail, en même temps que la pauvreté et le désordre de son environnement, furent transmis aux nouvelles industries qui utilisaient ses produits. Ces résultats sociaux négatifs compensent les gains mécaniques.

Si la mine impliquait pour la spéculation des risques économiques, elle rapportait aussi d’énormes bénéfices ; et cela servit aussi de modèle à la fois pour l’entreprise capitaliste elle-même et pour la mécanisation postérieure. La disposition à pratiquer de lourds investissements dans les mines fut stimulée par cette possibilité de réaliser d’extraordinaires bénéfices. Agricola se donna la peine de signaler les chances de gains faciles dans les mines, en comparaison du commerce ordinaire ; et Werner Sombart, dans Der Moderne Kapitalismus, calcula qu’aux XVe et XVIe siècles, les mines allemandes rapportèrent en dix ans autant que le commerce à l’ancienne mode était capable de rapporter en un siècle. Dans l’attaque du capitalisme contre la polytechnologie, la guerre était le fer de lance et la mine en était la hampe : l’une et l’autre étaient rompues à la destruction méthodique ; l’une et l’autre cherchaient à "obtenir quelque chose pour rien" ; l’une et l’autre situaient la puissance physique au-dessus de n’importe quelle autre nécessité humaine. »

Lewis Mumford, Le mythe de la machine, tome II : Le Pentagone de la puissance ; 1967 ; traduction Léo Dilé. (librairie Arthème Fayard dans la collection "le phénomène scientifique" dirigée par Serge Moscovici).

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