Grand Dictionnaire Universel (Larousse du XIXe)
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Transparence s. f. (tran-spa-ran-se – rad. transparent). Qualité des corps transparents : La TRANSPARENCE de l’eau, du verre. La TRANSPARENCE et la netteté sont les qualités naturelles et essentielles du diamant. (Raynal.)

- Se dit souvent, par exagération, pour TRANSLUCIDITE, et s’applique même à des corps dont l’opacité est presque complète : La TRANSPARENCE de la peau donne au teint une grande délicatesse.

- Encycl. Un corps est transparent quand les rayons de lumière passent librement à travers sa masse. Lorsque ce corps est interposé entre un objet quelconque et notre œil, nous voyons l’objet d’une manière d’autant plus nette que la transparence est plus parfaite. Les savants ont cherché à découvrir la cause de la transparence ; mais leurs recherches n’ont guère abouti qu’à une hypothèse : quelques-uns supposent que, pour qu’il y ait transparence, il faut que les pores soient parfaitement rectilignes, afin que la lumière puisse facilement passer au travers. Si le corps ne laisse passer qu’une lumière diffuse qui ne permet pas de distinguer nettement les objets, il n’est plus transparent, il n’est que translucide. Parmi les corps doués de transparence, on distingue surtout l’air, l’eau pure et calme, le verre, le diamant, le cristal, etc.

Mais on donne un autre sens au mot transparence quand on l’applique à des corps minces, dont la surface est chargée de dessins ou de peintures qui deviennent visibles par l’effet d’un foyer de lumière placé derrière ces corps minces, qu’on appelle alors des transparents. On peut d’abord placer au premier rang de ces transparents les enseignes lumineuses, peintes tantôt sur toile, tantôt sur verre et éclairées, par derrière, par un ou plusieurs becs de gaz. Le transparent peut être confectionné avec diverses étoffes de coton, de fil ou de soie, pourvu qu’elles soient un peu légères ou un peu claires, et même avec du papier que l’on rend transparent en le mouillant d’huile. Le plus ordinairement, ces transparents sont montés dans des châssis qui prennent la forme de véritables lanternes de grandes dimensions. On les emploie aujourd’hui en guise d’affiches, ce qui permet de les voir et de lire ce qui est écrit dessus aussi bien le soir que dans le jour, car le transparent étant peint sur la surface extérieure, lorsqu’il n’est pas éclairé il apparaît comme une affiche, une enseigne ou une peinture ordinaire. Au théâtre, on s’en sert pour produire certains effets décoratifs, semblables à ceux du diorama. Certains levers ou couchers de soleil et certains clairs de lune sont exécutés sur la scène à l’aide de ce procédé, très-simple d’ailleurs et qui peut facilement faire illusion. Le transparent est alors ce qu’on appelle au théâtre un rideau de fond, fait de calicot huilé ou apprété à la gélatine suivant que les tons qu’on devra appliquer dessus seront sombres, vigoureux ou légers et lumineux. Sur l’une des faces, on peint le paysage et le ciel qui convient à l’effet qu’on veut obtenir. S’il se trouve dans l’effet obtenu par la transparence des tons qui ne doivent point se retrouver dans l’effet qui précède ou qui suit et qui est produit par l’éclairage de la rampe et des herses, on peint les premiers à l’envers seulement, en s’arrangeant pour que les tons qui se trouvent à l’endroit à la place correspondante soient assez légers ou assez en harmonie avec eux pour ne point les altérer. Ainsi, lorsqu’on veut à la fin d’un acte obtenir un soleil couchant à l’aide du transparent, on peint les nuages jaunes et rouges qui le caractérisent à l’envers de l’étoffe, c’est-à-dire du côté des coulisses du fond, et on peint à l’endroit d’autres nuages d’un jaune, d’un rose ou d’un gris très-pâle ou même quelquefois blancs. De cette façon, tant que le rideau de fond est éclairé par le luminaire qui vient de la salle, de la rampe et des herses disposées derrière les châssis des coulisses, le ciel paraît être celui du jour, bleu clair léger. Quand on veut simuler le soir, on baisse la rampe et les herses, le rideau devient plus sombre et on éclaire par derrière ; les nuages jaunes et rouges apparaissent alors ; pour donner un grand éclat à l’effet, on tient les lumières qui éclairent le transparent assez rapprochées, puis on les éloigne peu à peu à mesure qu’on veut faire succéder la nuit au soir. Quand les dispositions sont bien prises, que les tons du transparent sont bien combinés et que l’opération est exécutée avec assez d’adresse, l’effet produit est magique. Les couleurs employées et la façon de les employer jouent un rôle important dans la confection des transparents de théâtre ou de dioramas. Certaines couleurs seulement sont transparentes, les autres sont plus ou moins opaques : le blanc de zinc ou de plomb l’est extrêmement et il prête son opacité à tous les tons auxquels on le mélange. Ainsi, on peut, à l’aide d’un bleu quelconque et du blanc de plomb, obtenir un ton de ciel qui, éclairé en avant, sera très-pâle, très-clair, très-lumineux, et qui, éclairé en transparence, paraîtra noir. On voit quel parti on peut tirer de cette opacité. Les rouges de plomb et de mercure sont également très-opaques, quoique d’une couleur très-éclatante. Les couleurs transparentes dont on peut se servir en les broyant soit à l’huile, soit à l’essence, sont : la laque jaune, le jaune de gaude, le bleu minéral et le bleu d’outremer, la laque carminée et le carmin, la terre de Sienne naturelle et la terre de Sienne brûlée ; le vert anglais, le vert-de-gris, la terre de Cassel et le noir d’ivoire. Le blanc est fourni par l’étoffe elle-même, qu’on s’abstient de peindre et sur laquelle on fait ce qu’en peinture et en teinture on appelle des réserves. Il est un autre genre de transparents employé au théâtre pour certains effets, tels, par exemple, que ceux de brouillards : ils consistent en gaze très-claire ou canevas fin à mailles larges, teints d’une nuance quelconque, et qu’on tire de bas en haut ou de haut en bas, ou d’un côté à l’autre, suivant que l’effet l’exige. Après avoir ainsi étendu un voile de cette nature sur la scène, où il forme un léger brouillard, enveloppant les acteurs et la décoration, on peut en étendre un second, un troisième, successivement, ce qui arrive à produire un brouillard intense, qu’on fait disparaître, s’il est utile, comme on l’a amené. On simule également, au théâtre, les vitraux à l’aide de transparents peints.

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