Extraits

A satiété
Désordre - Laurence Viallet / Editions du Rocher, 2006.

La satiation masturbatoire

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dimanche 7 mars 2010

« — Vous vous mettez vraiment en quatre pour satisfaire vos clients.

 — Oui, nous leur apportons la satiété. Dans le sens d’« extinction ».

 — Comment est-ce que ça s’appelle ?

 — La satiation masturbatoire. C’est le moyen le plus fascinant que nous ayons trouvé pour détruire l’excitation déviante. Satiation, extinction.

 — Vous les faites se masturber jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 — Parfaitement. C’est bien cela : post-orgasme. Disons qu’on parle d’un garçon qui est marié. Vous voulez qu’il ait une vie sexuelle très ennuyeuse. En fait, vous ne le voulez pas, mais faisons comme si. Il suffit de lui faire faire l’amour de la même manière, à la même heure, avec la même femme, avec le même genre de pratiques, dans la même position. Tout le temps. Pendant deux ans.

 — C’est ça, la sexualité non-déviante…

 — Ouais, c’est exact. Et c’est extrêmement ennuyeux pour la personne. Maintenant, disons qu’on a affaire à un agresseur d’enfants qui est excité par les enfants, et qu’on veut éliminer ses pensées et ses pulsions. Qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien, on prend ce qui est le plus déviant et le plus érotique et on le lui fait ressasser à l’infini, un nombre infini de fois, jusqu’à ce que ça devienne vraiment ennuyeux.

 — Ca a la simplicité des grandes découvertes.

 — Merci.

 — La thérapie par l’ennui. Tout le sexe que vous voulez.

 — Et encore plus.

 — C’est impressionnant.

 — Merci.

 — C’est une destruction positive, ce que vous faites ici. Une révolution copernicienne.

 — Une destruction positive ? Qu’est-ce que vous voulez dire ?

 — Eh bien, vous ne prenez pas un couteau pour amputer la partie déviante, n’est-ce pas ?

 — Ecoutez, je me moque du nom que ça peut avoir !

 — Je voulais dire que vous n’essayez pas de la supprimer comme au bon vieux temps.

 — Oh, grand Dieu, non.

 — Vous renvoyez l’ascenseur au patient. "Si vous aimez ça, eh bien allez-y gaiement. Ne vous gênez surtout pas !" C’est la quintessence du consumérisme. »
Sylvère Lotringer, A satiété, édition française 2006, traduit de l’anglais par Gérard-Georges Lemaire, revue et augmentée par l’auteur.
Titre original : Overexposed, 1988.

 
 
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