Une âme parmi les autres

Comment j’ai été castré

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dimanche 4 juillet 2010

J’ai déjà parlé ici de mon enfance et de ma famille, je ne vais pas recommencer. Simplement, il y a une conclusion à laquelle je n’avais pas su, ou pas pu, aboutir à l’époque où je les ai écris. Alors voilà, il me faut conclure…

Toute ma famille était profondément croyante, elle l’est d’ailleurs restée. Mais, en plus, ma mère était une espèce de bigote qui m’abreuvait de discours religieux. Elle m’en abreuvait moi en particulier, puisque j’étais son chouchou et son sauveur, sa raison de vivre, celui qui remplaçait sa fille disparue et son petit frère disparu. Surtout sa fille – hélas pour moi –, ma petite sœur inconnue [1]. C’est ainsi que, tout petit enfant, j’ai entendu parler du paradis – où se trouvait, bien entendu, ma sœur que je n’ai jamais connu, petit ange parmi les anges. Du paradis, mais aussi des anges gardiens, du diable, de l’enfer, de la madone alias vierge immaculée

Et moi, dans ma tête d’enfant je cherchais à comprendre tout cela, c’est-à-dire à relier tout cela par des liens logiques – des liens compréhensibles, quoi !
Or, ces choses-là, il ne faut surtout pas chercher à les comprendre ! Seulement je ne le savais pas. Il faut croire qu’il me manque une aptitude à croire, une aptitude à la foi stupide qui semble pourtant être partagé par la plus grande partie de mes contemporains… [2]

Il y avait aussi le péché originel. Qu’est-ce que ça pouvait bien être, cela, le péché originel ???!!!

Et puis il y avait ces mystérieuses relations intimes entre un homme et une femme. Ca s’appelait quelquefois l’amour, et alors, d’après ma mère, d’après les livres que je lisais, les chansons que j’entendais, c’était quelque chose de merveilleux, de sublime. Mais en même temps il y avait quelque chose qui se faisait dans le noir, sous les couvertures, en cachette, et dont on ne parlait pas.

D’ailleurs, c’était fait comment, une femme ? Dans la chambre il y avait un paravent pour se déshabiller (ce n’était pas comme aujourd’hui, nous avions deux chambres, une pour les grands-parents maternels et ma sœur ainée, l’autre pour mes parents, mon petit frère, ma plus jeune grande sœur et moi).

Une femme, c’était un être fragile auquel un homme devait faire très attention. C’est du moins ce qui ressortait des discours de ma mère qui avait subi une agression sexuelle dans son enfance. Dans ma tête d’enfant, j’ai dû conclure qu’il valait mieux ne pas toucher les femmes afin d’éviter de leur faire mal.

Bref, une femme, c’était une vierge immaculée. "Immaculée" pour quoi ? parce qu’elle était exempt du péché originel. Et l’homme, en la touchant, la contaminait.
Oui, dans ma tête d’enfant j’ai identifié le péché originel à l’acte sexuel !
Il y a longtemps que je ne crois plus à toutes ces fariboles, mais, enfant, j’y croyais, et c’est ça qui compte.

Je n’ai réalisé cela que tout récemment, que j’avais cru que le péché originel était l’acte sexuel, ou tout au moins que l’acte sexuel en faisait partie. Cela veut dire que c’était resté en moi tout ce temps !
Et tout ça à cause de cette foutu vierge immaculée, à cause de cette Madone !

 
Ce qui fait que pour moi, dans ma tête je veux dire, l’attirance sexuelle est divisée en deux partie inconciliables : d’un côté une sorte d’amour platonique, d’amour idéal, sans autres contacts physiques que ceux de la tendresse, et de l’autre le désir charnel, sensuel. Le premier étant du côté des anges, l’autre du côté du diable.

Mais ceci est seulement dans ma tête. Mes couilles ne sont pas du même avis. Ma tête et mes couilles ne veulent pas suivre le même chemin. Même s’ils trouvent tout de même des terrains d’entente. Par exemple, mes couilles qui se sont depuis longtemps rabattues sur le porno recherchent des actrices porno au visage de madone, et de préférence pas déshabillées (en dehors de la partie qui doit nécessairement l’être). La madone ne saurait être déshabillée.
Car c’est bel et bien une madone que j’ai envie de caresser, d’embrasser, de pénétrer. Enfin, je ne parle pas à proprement parler de "la vierge à l’enfant", mais de femmes au visage de madone, au visage de vierge immaculée. Du moins de femmes qui, dans mon imagerie interne, ont un visage et une expression de madone. Et aussi des vêtements de madone, autant que possible. Des vêtements de madone, ou apparentés – toujours selon mon imagerie personnelle.

Ah, les images ! Enfants, j’en ai connu de deux sortes concernant les femmes. Celles des livres pieux et celles du catalogue de prêt à porter
de ma maman. Et, désastre ultime, ce catalogue s’appelait La Redoute. Il se serait appelé 3 suisses, par exemple, il m’aurait certainement fait moins de mal, mais La Redoute ! Avais-je encore besoin de cela ?!!

Il contenait, entre autres, des images de femmes en sous-vêtements. C’était une chose mystérieuse pour moi, les sous-vêtements féminins, presque aussi mystérieux que ce qu’ils recouvrent. Mais ils étaient dans le catalogue, sur des femmes qui n’avaient pas spécialement l’allure de madones. J’ai une espèce de phobie des sous-vêtements féminins, surtout des soutiens-gorge, surtout ceux avec des dentelles, des fioritures, ceux que l’on dit "aguichants". Je ne sais pas pourquoi.
A vrai dire, j’ai même une phobie des seins, la seule partie du corps féminin que je n’ai jamais eu envie de toucher. J’ignore également pourquoi. J’aime pourtant bien voir une belle poitrine, mais je n’ai pas envie de toucher. Tout le reste, si, heureusement, même si je ne le fais pas.

Parce que je n’arrive pas à les toucher, les femmes. Pour y arriver il me faut une longue période d’acclimatation et un isolement (à deux) dont je ne bénéficie jamais. Il n’y a eu qu’une exception véritable [3], et ça fait déjà un bail. Oui, pas mal de femmes peuvent témoigner de la réalité de ma castration, une seule peut témoigner du fait qu’elle n’est pas parfaite (ma "castration" – la belle, bien sûr, étant parfaite, cela va sans dire (sourire)).

 
J’écris cela tout en dézippant des photos pornos téléchargées la nuit dernière. Des photos, pas des vidéos. Parce que sur les photos j’arrive à voir parfois des madones. Ce n’est pas facile, mais ça se trouve.
Mais dès que ces images s’animent, sur les vidéos donc, les mêmes qui peuvent parfois paraîtrent madone sur l’image fixe ont tendance à perdre cette caractéristique dans leurs mouvements, et encore plus dans leurs cris (ou ce qui en tient lieu). Il m’est arrivé d’en regarder, parfois en coupant le son. Mais ça ne vaut pas certaines photos, difficiles à trouver il est vrai. Il y en a bien plus dans la rue, au supermarché, un peu partout, des visages féminins qui me plaisent, des expressions féminines qui me plaisent, bien plus que sur les sites pornos, c’est clair. Mais on m’a interdit d’y toucher, et c’est bien normal : on ne touche pas ce que l’on adore ! La belle est immaculée si moi je suis émasculé.

 
Il fallait que cela soit dit, c’est dit. Ne vous demandez pas quel fou halluciné peut bien raconter des choses pareilles : ce n’est que la misère assise au bord du chemin, qui se regarde passer et se contemple… en riant !

Il faut savoir rire de ses larmes.

[1A ma naissance, le curé a dit à mon père qu’il aurait mieux valu que ce soit une fille. Il n’était pas bête, le curé ! Quand mon père m’a raconté cela, il y a quelques années à la suite d’une question que je lui avais posé, j’ai aussitôt dit : "Il avait raison !". Mon père m’a alors demandé : "Pourquoi ?"…

[2(note ajoutée le 20 mai 2012) Je cherchais à relier tout cela par des liens logiques… Certes, mais il me faut préciser aussi que, par timidité – ou plutôt par honte –, je ne demandais jamais d’explication mais cherchais à comprendre seul dans mon coin. Et que je n’ai jamais cessé d’agir ainsi.

[3Ou quatre exceptions, si je compte trois événements très courts (une heure ou deux) et sans "conclusion". Ou cinq, si j’ajoute une bizarre liaison à épisodes très courts aussi, écartés parfois d’un an ou deux, avec une fille qui prenait l’initiative ; une liaison sans grande passion (ni grand plaisir) commencée (chastement) vers quinze/seize ans.

 
 
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