Ames perdues

A esprit sans chair, chair sans esprit

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jeudi 23 décembre 2010

[texte complété le 25 décembre]

L’autre jour je faisais remarquer (dans Notes ouvertes) que la civilisation occidentale était, par certains côtés, une tentative de l’humanité d’échapper à son "animalité". "Animalité", c’est le mot que j’avais utilisé malgré son étymologie allant plus ou moins à contre-sens de ce que j’avançais. En effet, étymologiquement, être animal, c’est être doté d’une âme. Oui, mais nous nous sommes attribué une âme immortelle ne séjournant que très temporairement dans un corps, dans la chair. Nuance ! Nous nous sommes vus comme de purs esprits ne faisant que passer un court moment sur cette planète pleine de vie.

Et il est à craindre que cette tentative occidentale d’ôter à l’esprit sa chair a eu surtout pour effet, jusqu’à présent, celui d’ôter à la chair son esprit.

En même temps, l’Occident a commencé à libérer l’individu des rigidités sociales, en particulier familiales. J’ignore s’il y a un lien de cause à effet entre ces deux évolutions. Quoi qu’il en soit, cet "individu" partiellement libéré, cet être vivant "indivisible" partiellement libéré s’avère aussi partiellement coupé en deux !

Las ! Voilà que d’obscures laborantins – s’étant cru sans doute un 1er avril – prétendent qu’empêcher artificiellement l’expression des émotions par le visage empêcherait également l’apparition de ces émotions, leur ressenti ! qu’es aquò ?
Le début d’un article relatant la chose (dans le journal suisse le Temps : Le Botox fige-t-il les émotions ?) montre à quel point la dualité âme/chair est ancré dans nos consciences. il débute ainsi :

Une recherche suggère que les injections anti-rides de toxine botulique n’effacent pas seulement l’expression des émotions, mais leur ressenti lui-même. Confirmation d’une réalité désormais scientifiquement établie : c’est parfois le corps qui commande, et le cerveau qui obéit.

"Parfois le corps qui commande et le cerveau qui obéit" ! Il ne vient pas à l’esprit de l’auteur que le cerveau fait partie du corps et que muscles et cerveau, avec les nombreux liens qu’il y a entre eux, forment un tout agissant d’un même mouvement ! Et qu’en somme, tout comme le cerveau fait partie du corps, les muscles font partie de l’esprit.

 
Avec Sade et d’autres, l’esprit sans chair et la chair sans esprit ont entrepris de se réconcilier, mais en restant essentiellement séparés. Le XXIe siècle verra-t-il enfin l’être occidental redevenir dans sa conscience "animal", chair animée, ce qu’il n’a jamais cessé d’être en réalité ?

 
 
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