Rupture

Au château

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lundi 25 décembre 2006

J’ai lu ces jours-ci un édifiant article sur IKEA — dans Le Monde Diplomatique de ce mois — alors que je venais de renouveler en partie mon mobilier, et depuis j’ai honte. Les bas prix, chez IKEA comme ailleurs, sont obtenus comme on sait (mais on l’oublie toujours) essentiellement par les très bas salaires maintenus grâce à la terreur (tu acceptes et tu restes ou bien tu pars et tu crèves dehors). Bon, j’avais honte déjà, parfois, en roulant dans ma voiture, en pianotant sur mon ordinateur, en écoutant sur ma chaîne de la musique en conserve, en prenant ma douche chaude…
Le (relativement) pauvre des pays riches est cependant riche grâce à la misère régnant dans d’autres pays, tout au moins lorsqu’il n’a personne à charge.

C’est que je vis au château, j’ai conscience de vivre au château ; oh ! certes, dans les écuries du château : je vivais il y a peu du RMI et actuellement en taillant la vigne à 3/4 d’heure de chez moi. Il n’empêche…
Je vis au château, le pont-levis est levé, nos hommes d’armes sont sur le chemin de ronde aux aguets, l’huile est chaude…

J’ai honte mais, je l’avoue plus honteusement encore, j’éprouve un léger mais indéniable sentiment de puissance en promenant ma souris sur mon bureau tout neuf de chez IKEA.

(voir également, au sujet du pont-levis, un article de Saskia Sassen dont j’ai publié un extrait ici)

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