Peuples sans limites

Schadenfreude, la joie apportée par les ennuis d’autrui

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dimanche 20 mars 2011

Ah, ce mépris et cette haine des autres ! Mais d’où peuvent-ils bien venir ? Pourquoi l’éprouvons-nous si facilement, nous, humains ?

Sans cette triste tendance à mépriser ou haïr, le racisme – entre autres – ne serait pas vraiment un problème. Car il pourrait fort bien s’avérer intéressant, d’un point de vue ou d’un autre, de subdiviser (en pensée) la communauté humaine en plusieurs composantes, si cela n’impliquait pas conséquemment ce mépris, cette haine des uns envers les autres. D’ailleurs, de fait, nous formons un grand nombre de grandes et petites communautés qu’il est possible de comparer qualitativement, racisme ou pas. Les différences biologiques sont négligeables, certes (quoique pas forcément d’un point de vue épidémiologique), mais les différences culturelles le sont beaucoup moins. Et il n’est pas inintéressant de faire ces comparaisons entre cultures. Il est intéressant de voir en quoi la culture du voisin est supérieure à la notre, afin de chercher à l’imiter. Et aussi de voir en quoi elle est inférieure, afin de ne pas évoluer dans ce sens. Malheureusement, dès qu’il est question de supériorité et d’infériorité, les deux monstres dont je parlais, la haine et le mépris, pointent leurs nez…

Schadenfreude

Je ne connaissais pas ce terme allemand, schadenfreude, c’est le dernier numéro de Cerveau & Psycho qui me l’apprend. On y explique :

« ce terme qui signifie littéralement la joie des ennuis (d’autrui) n’implique pas que l’on agisse, mais simplement que l’on observe ou que l’on connaisse les difficultés rencontrées par un tiers et que l’on s’en réjouisse. Avouons-le : qui n’a jamais ressenti une pointe de jubilation intérieure en apprenant les mésaventures d’un concurrent, d’un collègue ou, parfois même, d’un proche ? »

L’article (d’Emily Anthes, journaliste scientifique et médicale à New-York) souligne d’abord combien cette particularité de nous autres humains est exploité par les medias. Chacun d’entre-nous peut facilement le constater et ce n’est évidemment pas cela qui fait l’intérêt de cet article. Non, c’est son compte-rendu des constatations scientifiques à ce sujet. Il semble en effet scientifiquement avéré que, comme dit l’article, les "mauvaises pensées" font du bien. Ou, tout au moins, elles procurent du plaisir, un plaisir mesurable dans le striatum.

Il semble également scientifiquement avéré que cet état de chose est amplifié au sein des groupes et que les groupes humains éprouvent encore plus fortement ce sentiment de schadenfreude que les individus. Des études suggèrent que le plaisir au malheur d’autrui serait comme une sorte d’instinct et certainement pas le fruit d’une pensée, encore moins d’une réflexion. Cette réflexion, elle viendrait après.

« Selon les psychologues, nous chercherions à rationaliser le plaisir ressenti face aux revers d’un autre groupe. Le raisonnement serait le suivant : « La souffrance d’autrui me procure du plaisir, et l’on ne peut avoir de telles émotions que vis-à-vis de personnes mauvaises. » Ainsi, quand il s’exerce dans un groupe, le plaisir tiré du malheur d’autrui résultant de rivalités apparemment bénignes pourrait encourager de réels préjugés. »

Bon, je ne sais pas dans quelle mesure tout cela est exact, mais c’est bigrement intéressant. Et je serai drôlement étonné si cela s’avérait un jour complétement faux !

Oui, je pense qu’il est urgent, non seulement d’observer les supériorités des autres afin de les imiter, mais aussi les particularités de notre esprit individuel et de notre esprit collectif (si j’ose dire). Parce que, justement, nous ne sommes pas de purs esprits.

 
 
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