Rupture

Ce que nous sommes

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dimanche 29 mai 2011

Dans Le Monde daté du 5 mars, Florence Baugé rapporte une petite histoire édifiante lue dans un ouvrage [1]. L’histoire de "ce petit juif danois de 2 ans, malade dans le camp de Ravensbrück. Un médecin allemand, le docteur Treite, le soigne pendant plusieurs jours pour une diphtérie. Un jour, le médecin arrive ; il prend le petit garçon sur son genou gauche, l’ausculte attentivement avec beaucoup de douceur et de gentillesse, et il dit : « Bon, il est guéri. Il peut partir à Auschwitz. »"

Voilà un homme qui faisait son métier consciencieusement et même avec amour et passion, sans se poser de questions sur les conditions dans lesquelles il l’exerçait. Un peu comme nous tous, en somme. Car le monde du "troisième reich" n’est pas fondamentalement différent du monde d’aujourd’hui, il en est plutôt la caricature. Tout au moins par certains aspects, en particulier son organisation technique.

Du reste, plusieurs études expérimentales du comportement de l’être humain ont montré combien chacun d’entre nous est susceptible d’infliger à l’autre de la souffrance, consciencieusement, si une personne reconnue comme autorité le demande. Une personne reconnue comme autorité, une personne ou bien une institution, une coutume, etc. Ce qui me fait penser que le mal est bien dans la reconnaissance à tort et à travers de l’autorité (au moins l’une de ces études montrait aussi que les plus récalcitrant à l’exécution d’ordres cruels étaient des personnes mal intégrées dans la société).

Non, le monde totalitaire et technocratique n’est pas derrière nous, il est en nous (l’ironie, c’est qu’il est atténué par le libéralisme capitaliste – et vice-versa).
En l’occurrence, le devoir de mémoire importe moins que le devoir de conscience de soi-même… Le passé n’est d’ailleurs jamais derrière nous mais en nous.

[1L’enfant de la rue et la dame du siècle, entretiens inédits avec Germaine Tillion, de Michel Reynaud. Editions Tirésias.

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