Rupture

Les politiciens, orateurs-caméléons

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jeudi 14 juillet 2011

Samedi dernier, je suis allé à mon premier meeting politique. Ce fut instructif, très instructif ! J’y suis allé un peu comme on va au spectacle, mais m’attendant à être déçu par le dit spectacle. Eh bien non, les orateurs – ou plutôt, à deux exceptions près, les oratrices – m’ont pour la plupart séduit ! Ou plutôt ému.

J’aurais pourtant dû m’y attendre : je savais déjà que j’étais bon public pour le théâtre engagé. Ce que je ne savais pas, c’est le talent qu’ont les politiciens, mêmes les amateurs, pour longtemps déblatérer sur ce qui (pour un public donné) fait consensus ; et passer très vite sur ce qui ne le fait pas, si vite qu’on ne voit rien.

C’est ainsi que leurs discours varient en fonction de leurs publics. Ce sont, en fait, des orateurs-caméléons. A chaque discours le but réel est d’être applaudi, ils parlent en conséquence.

Samedi, cela se passait du côté du site du (peut-être) futur aéroport international de Notre-Dame des Landes. Les intervenantes – comme les femmes intervenantes étaient nettement plus nombreuses que les hommes, c’est ici l’occasion d’expérimenter grammaticalement l’usage d’un féminin dominant – les intervenantes étaient pour la plupart inconnues de moi et je dois donc avoir recours au programme officiel pour en donner la liste ici.

Il y avait donc, d’après le site de l’ACIPA, Clémentine Autain (FASE – j’ignorais jusqu’à l’existence de ce truc !) - Martine Billard (PG) - Thierry Brulavoine (MOC – ce sont des "objecteurs de croissance") - Cécile Duflot (EELV) - Jonathan Guillaume (Breizhistance) - Isabelle Loirat (MODEM) - Myriam Martin (NPA) - Marie Pierre Toubhans (GU – la, sans rire, "gauche unitaire") - Elodie Vieille Blanchard (Les Alternatifs).

Breizhistance, c’était sans doute pour la couleur locale. Son représentant est passé vers la fin et aurait gagné à faire plus court. Mais les organisateurs avaient pensé à tout : après les interventions officielles est apparu un intervenant surprise qui nous a fait un petit gag assez drôle, histoire de faire, le cas échéant, retomber les tensions.

Mais, de tensions, il ne pouvait guère y en avoir…
Clémentine Autain (que je ne connaissais que de nom) et Cécile Duflot furent de celles qui m’ont le plus ému. Oui, je dis bien ému ! Bon, je suis un émotionnel, ça ne fait pas de doute, je réagis émotionnellement d’abord. Mais, heureusement, ensuite je raisonne !
Leur truc est simple : s’en tenir à ce qui semble faire consensus dans l’assemblée, et illustrer le propos, l’ancrer dans la réalité par des anecdotes, des historiettes. Le tout avec une pointe d’humour, ça ne gâche rien.

Les autres ont joué de la même façon et s’en sont tiré pas mal. Certains devaient tout de même s’écarter un peu plus du consensus afin que l’on parvienne à distinguer leur mouvement des autres mouvements. Mais pas trop. Et lorsque le consensus se réduit à pas grand chose, le discours se fait court (cas, ici, du Modem).

Il n’y eut qu’une exception, le représentant du MOC. Il a plus longuement parlé de ce qui ne faisait pas consensus, dénonçant par exemple l’usage d’un vocabulaire capitaliste dans un document écolo (d’Europe Ecologie, si mes souvenirs sont bons). Il n’a pas d’avenir politique, ce gars-là, à moins que… Il ne jouait pas sur la fibre émotionnelle (la planète mise à sac, les paysans chassés de leurs terres, leur résistance héroïque…), mais sur la raison.

J’ai remarqué, également après coup, qu’il fut question du but et de l’ennemi, mais pas tellement des moyens. L’objectif avoué : l’abandon du projet d’aéroport et de la déraison économique qui motive ce projet et bien d’autres ; l’ennemi : ceux qui soutiennent ce projet, tous ceux qui espèrent en profiter – en premier lieu le groupe Vinci – ainsi que, plus ou moins, le système économique et l’idéologie dominante ; les moyens ? ben, nous nous mettrons devant les bulldozers, ont dit certaines. Et si l’un ou l’autre de ces différents partis et mouvements (?) accédait au pouvoir ou, tout au moins, acquérait une parcelle du pouvoir institutionnel, étatique, qu’est-ce qu’il en ferait ?

Ce pouvoir, il est pour quelque chose dans tout ça… Or, un insurgé qui se met au service d’un parti se met, en dernière analyse, à défendre le pouvoir puisque l’objectif de son parti est d’acquérir ce pouvoir. Et quand le véritable but poursuivi est le pouvoir, on ne cherche pas à débattre, à stimuler la réflexion, on cherche à séduire.
Au fait, le pouvoir de quoi ? Ben, de codiriger en compagnie des pouvoirs financiers (qui conservent l’essentiel du pouvoir)…

« Or, écrivait Simone Weill, le pouvoir n’est pas une fin. Par nature, par essence, par définition, il constitue exclusivement un moyen. Il est à la politique ce qu’est un piano à la composition musicale. Un compositeur qui a besoin d’un piano pour l’invention des mélodies se trouvera embarrassé s’il est dans un village où il n’y en ait pas. Mais si on lui en procure un, il s’agit alors qu’il compose. »
Simone Weill disait aussi qu’un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective (cf ici même : L’esprit de parti)…

A quelques pas de là, sur une affiche, se trouvait une intéressante citation de Nietzsche : « Que d’hommes se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux mais pour mieux briller. » Et quelques heures plus tard, HK et les Saltimbanks ne concluait finalement pas si mal en chantant : « J’amuse mon monde mais le monde va mal
Mes chansons tournent tournent tournent autour du pot de ce monde à refaire. »

 

Troubadour par Alee & HK

 
Aujourd’hui, c’est l’un de celles qui ne m’ont pas ému qui conserve ma sympathie : le représentant du MOC.
 

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