Peuples sans limites

Le naturel et le pouvoir

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lundi 10 octobre 2011

L’écrivain sarde Michela Murgia, en résumant des points de vue d’anthropologues, dit quelque chose d’assez intéressant sur les langues en général et la langue sarde en particulier. Dans une interview à Libération, elle dit ceci :

Il n’y a que les Sardes pour parler sarde, et encore pas tous les Sardes, et tous les Sardes ne parlent pas le même sarde ; le sarde n’est pas enseigné à l’école, ce n’est pas la langue de la lecture, mais de l’oralité. Il y a un phénomène qu’en anthropologie on appelle le passing. Quand un Sarde se déplace dans une région italienne qui a un autre accent et un autre dialecte, tout de suite il apprend l’autre, c’est mimétique. Les anthropologues disent que c’est typique des langues dominées. Le sarde est une langue mimétique par nature, c’est la langue familière, ce n’est pas la langue du pouvoir.

Mais ce caractère mimétique n’est-il pas plutôt typique de ce qui est naturel, tout simplement, pas seulement de ce qui est à la fois naturel et dominé ? Quoi qu’il en soit, cela souligne le fait que le pouvoir fait perdre aux choses qui le possèdent leur caractère naturel. Il n’y a pas de salut dans le pouvoir.

 

PS : Je remarque avec amusement que dans l’emploi que je fais ici du mot "naturel", celui-ci a un sens tout compte fait assez proche de "culturel". C’est que je distingue en effet une culture "naturelle" et une culture artificielle, l’artificielle étant, grosso modo, celle attachée aux pouvoirs.

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