Une âme parmi les autres

Féminisme, pornographie, mode, addiction…

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dimanche 6 novembre 2011

Quels messages le groupe "féministe" ukrainien dénommé Femen fait-il vraiment passer, ceux qu’elles inscrivent sur leurs pancartes ou un autre ? Leur façon de se déshabiller n’est pas "nature", naturelle ou naturiste, elle est délibérément pornographique. Par provocation, bien sûr, mais pour quels résultats ? Je suppose qu’elles entendent, ainsi, retourner la pornographie contre elle-même mais, si c’est le cas, je crains que ce ne soit pas très réussi !

J’ai (hélas – voir plus loin) visualisé un certain nombre d’images de leurs manifestations (si vous voulez en voir, débrouillez-vous !). Ce qui m’a frappé, c’est que ces manifestantes ont toutes une très belle plastique. C’est déjà un peu bizarre, quoique elles soient un tout petit nombre. La grosse différence par rapport à la pornographie style "fin de vingtième", c’est l’absence de silicone. Sinon, lorsqu’il y a des hommes, ils sont très habillés, ce qui est aussi une tendance en pornographie traditionnelle. Leur démarche a peu de choses à voir avec celle des Slutwalks, ou "marche des salopes", partie d’une réflexion d’un policier de Toronto disant aux femmes que si elles ne voulaient pas être violées il fallait qu’elles évitent de "s’habiller comme des salopes". Les "SlutWalk" manifestent en s’habillant de façon provocatrice, mais c’est là le thème même de leur revendication, tandis que les "Femen" sont capables de se mettre presque à poil (presque, parce qu’ici c’est l’accessoire qui est important) pour lutter contre la faim dans le monde (je donne un exemple au pif, sans doute fictif pour le moment).

Le plus drôle, ou plutôt le plus triste dans l’affaire, c’est qu’il n’est pas prouvé que ce soit les tenues dites "provocatrices" qui soient le plus susceptibles d’éveiller le désir sexuel. Enfin, cela dépend aussi de ce que l’on entend par "tenue provocatrice". Un jean bien moulant et un t-shirt court, c’est une mode qui met bien en valeur ce qu’il faut, beaucoup plus qu’un bikini ou que la nudité (même agrémenté d’un peu de skaï ou de cuir). Le policier de Toronto avait tort d’accuser les agressées plutôt que les agresseurs, mais pas de mettre en cause la mode, je ne crois pas. Enfin, pas tant que ça ! Nous sommes dans une société des excès : d’un côté une mode à tendance pornographique et de l’autre le tchador. Sans parler de l’anorexie (voir L’habit fait l’homme et défait la femme).

Il faut se "mettre en valeur" (je n’aime pas trop cette expression mais je n’en ai pas d’autres). Cependant il faut savoir comment on le fait et pourquoi. Les fesses ne doivent pas faire de l’ombre au sourire, au regard ; ni, non plus, aux mouvements, toutes choses par lesquelles on s’exprime. Il arrive que l’on s’exprime avec les fesses, mais là il s’agit explicitement de drague, justement ! En mettant particulièrement en valeur les fesses on se place sur le plan de la drague, ce qui est un droit et même parfois une nécessité, mais comme le dit la féministe américaine Katie Roiphe, « pour recevoir des attentions sexuelles désirées, il faut en recevoir qui ne sont pas désirées » (cité par Elisabeth Badinter dans une interview à un magazine). Ce qui, bien entendu, n’autorise pas la violence, loin de là ! Ce policier avait effectivement bien tort.

La démarche des Femen, elle, est de type publicitaire. Les Femen créent des images. Des images pornographiques. Elles posent pour la photo, c’est pour ça qu’elles sont là, qu’elles descendent dans la rue. Elles portent des pancartes mais on ne voit que les porteuses…

Bon, j’en juge d’après mon seul regard, et il se trouve qu’il est perverti. Pour ne pas dire malade. Voilà pourquoi tout ceci m’importe tant : j’ai développé une accoutumance aux images, aux scènes type pornographie (voir Comment j’ai été castré). C’est ainsi que les Femen m’ont joué un vilain tour cette semaine. Oui, je suis, non pas un sexolique à proprement parlé (parlé à la mode québecoise) mais – comment dire ? un picturolique, un icônolique, un pornolique ? Je ne trouve pas de mot, mais vous comprenez bien ce que je veux dire : certaines images me font immédiatement (en une toute petite fraction de seconde) un effet physiologique que les femmes ne me font jamais (du moins pas de cette façon – sauf dans de très rares cas où c’est en fait une image qui me revient en tête). Un effet qui ne s’éteint pas en une fraction de seconde, et pas tout seul (ou alors en plusieurs jours). Et, depuis qu’Internet a largement pris la place des hebdomadaires, cette sensibilité est plus forte aux images sur écran qu’aux autres. Au point que si une femme plus ou moins habillée à la mode porno [1] me tombe sous les yeux lorsque je passe en voiture près d’elle, je dois éviter de la regarder dans le rétroviseur [2]. La vision sur écran étant devenue plus efficace que la vision directe. Plus efficace… ça dépend pourquoi, évidemment.

C’est ainsi, l’addiction…

Voilà, c’est fait, la seule chose importante, essentielle, qu’il me restait à dire au sujet de ma personne, est maintenant en ligne et peut circuler à travers le monde. Je serais étonné que cela n’intéresse vraiment personne. Ce serait pourtant bon signe, sans doute.
Quoi qu’il en soit, il me faut maintenant remercier les Femen de m’avoir donné le courage, sinon l’opportunité, de pondre ces quelques lignes aujourd’hui.

 

 

PS La rédaction de cet article m’a couté une rechute. Dure semaine ! Mais bon, je suis en partie responsable de mon sort. En partie !

D’autre part, à cause de la situation qui est la mienne et que je viens d’exposer rapidement, il est possible que je me fourvoie complètement à propos du groupe Femen. En ce cas, si un ou des lecteur(s) pouvai(ent) m’éclairer…
Sur les sombres chemins de la nuit, deux ou trois lanternes valent mieux qu’une.

 

PS 2 : Connaissez-vous la pornographie féministe ? Pas moi, mais j’en ai récemment entendu parler. Il y a un intéressant article sur la question sur le site féministe lemilie.org (ou se trouve aussi le compte-rendu d’une évaluation de certains curieux effets du maquillage).

[1Car je pense qu’il y a bel et bien une mode porno, même en considérant que le rapprochement auquel nous assistons entre la mode, d’une part, et l’esthétique porno d’autre part, se fait dans les deux sens.

[2Il y a une douzaine d’années, c’étaient les publicités sur le bord des routes qui me jouaient des tours ; plus aujourd’hui, preuve que tout cela est réversible.

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