Ames perdues

La spontanéité perdue et son coût

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lundi 26 décembre 2011

Le sourire de l’enfant attend une réponse. « L’être au monde du bébé » repose sur les mimiques affectives de la mère qui sont l’armature (l’âme) de la sculpture qui prend forme. Confronté à un visage inerte, non réactif, l’enfant perd son tonus et s’affaisse comme une argile molle.

Le sourire bouche ouverte n’apparaît pas avant 10-18 mois, lorsque les jeux sociaux se développent. Chez le jeune enfant, jusqu’à 6-7 ans, tous les sourires possèdent un contenu affectif joyeux. Lorsque l’on demande à des enfants de 6 ans qui assistent à un spectacle de clown de s’empêcher de sourire, ils suppriment en même temps leur sentiment de joie, attestant ainsi du couplage direct entre vécu et expression. Plus âgés, 8-10 ans, les enfants peuvent parfaitement bloquer leurs rires et sourires tout en continuant de ressentir du contentement intérieur. Ce découplage entre l’être et le paraître traduit les capacités acquises par l’enfant dans l’art de dissimuler et de socialiser ses émotions.
Jean-Didier Vincent, dans le hors-série spécial de la revue Sciences Humaines consacré au cerveau (n°14).

Voilà donc pourquoi j’aime les jeunes enfants sensibles à leur environnement et qui le laissent voir, et pourquoi, en général, je n’aime pas beaucoup les adultes !

Mais… Comment il se fait, alors, que le botox – qui bloque (partiellement, j’imagine) l’expression faciale des émotions, donc aussi dans une certaine mesure celle des sourires, empêche dans cette même mesure le ressenti des émotions en questions ?

Quoi qu’il en soit, faut-il se féliciter de ce que Jean-Didier Vincent nomme "socialisation des émotions" ? Et pourquoi nomme-t-il cela "socialisation", le phénomène qu’il décrit au début – l’échange émotionnel entre mère et bébé – n’est-il pas hautement social, à la source même du développement et de l’organisation des sociétés ? "Socialiser" ses émotions serait donc apprendre à tricher, à dissimuler, à mentir ? L’effet botox montre comment l’on ne peut mentir ainsi impunément.

Or, s’il en est ainsi du sourire, il n’en est sans doute pas très différemment de la tristesse et aussi de la compassion, de l’empathie…

 

Il y a quelques temps, dans le sud-est de la Chine, une petite fille a été renversée par un véhicule. Un événement hélas banal, en France également. Le véhicule s’est arrêté un instant puis est reparti, la roue arrière passant alors sur les jambes de l’enfant. Nous le savons parce que tout a été filmé ( http://chine.aujourdhuilemonde.com/crise-morale-en-chine-apres-la-mort-de-la-petite-yue-yue ), et ce qui a suivi aussi. Il paraît que 18 personnes sont passées sans intervenir, dont une au volant d’un véhicule qui est à nouveau passé sur les jambes de la petite fille. Jusqu’à ce qu’intervienne une collecteuse d’ordure (je n’y peux rien, c’est ainsi !)…

La question que je me pose est la suivante : les choses se seraient-elles passé de la même façon si les êtres humains lâchaient un peu plus la bride à leurs émotions véritables ? Car je ne crois pas que les chinois naissent avec moins d’empathie que nous. D’ailleurs, si ce genre d’événements n’arrivent pas à l’identique en France (par exemple), ce n’est pas forcément parce que l’on y est plus soucieux des autres. Il se trouve qu’en France il existe un délit de non-assistance à personne en danger, pas en Chine. Il se trouve aussi qu’en France (par exemple), la police et la justice ne fonctionnent pas si mal que cela (du point de vue du peuple), que l’on y fait relativement confiance, pas en Chine. Et il se trouve en plus qu’il s’agissait d’une petite fille, or, en Chine (et d’autres endroits du monde, même l’Europe il n’y a pas si longtemps), qui sauve une petite fille ne s’attend pas à être remercié.
La collecteuse d’ordure, qui n’avait rien à perdre, a été récompensée, paraît-il. Par les autorités locales qui ont probablement vu là l’occasion de se faire bien voir à bon compte.

 

Où je veux en venir en affirmant ces choses, parfois sans preuves ? Au fait que la froideur humaine n’est pas innée mais culturelle et sociale (fruit d’une structure sociale, d’une pesanteur sociale). Or, une culture et une société, cela se change ! Il s’agit de faire en sorte que la société quitte son habit de malheur pour revêtir… son habit d’enfance, sa spontanéité nue.

 

 

PS : C’est mon point de vue et je ne peux rien prouver. Justement, l’intérêt de toutes les études scientifiques sur l’être humain et la société humaine, études dont beaucoup se moquent, c’est qu’à force d’être répétées, améliorées, refaites, elles finissent par prouver des choses, et aussi par montrer, parfois, que tout ne se passe pas comme on le croyait.

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