Rupture

Un idéal sarkozien

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lundi 30 avril 2012

Devant les plusieurs milliers de personnes réunies à Toulouse dimanche 29 avril, Nicolas Sarkozy a appelé ses concitoyens à "être fiers d’être Français". "Je ne veux pas laisser la France se diluer dans la mondialisation, voilà le message central du premier tour", a-t-il dit dans une allusion aux scores de Marine Le Pen (17,9 %) et de Jean-Luc Mélenchon (11,1 %).

Pour une fois, M. Sarkozy n’a pas tout à fait tort, hélas ! Je parlais il y a cinq ans du vote égoïste (et du vote rapace). Qui ne préférerait pas vivre dans le pays qui domine le monde plutôt que dans un des multiples pays dominés ? La mondialisation ne fait peur aux français, aujourd’hui, que parce que la France la domine de moins en moins.

Quand le même Sarkozy nous dit qu’il ne faut pas confondre "le patriotisme", qui serait "l’amour de la patrie", au "nationalisme", qui serait "la haine de l’autre" [1], je me dis que cette frontière-là est bien fragile et poreuse. Surtout lorsque cet "amour de la patrie" est en fait d’abord le désir d’appartenir à un pays riche et puissant.

A propos de frontières, M. Sarkozy dit aussi :

La frontière sépare le dedans du dehors, la frontière permet d’avoir un foyer, un espace d’intimité dans lequel on peut choisir qui on fait entrer. La frontière, c’est l’affirmation que tout ne se vaut pas, qu’entre chez-soi et dans la rue, ce n’est pas pareil. Ce n’est rien d’autre que le long travail de la civilisation.

Nous avons tous besoin d’un chez-soi et nous avons tous besoin, également, de la rue. Un chez-soi où l’on se sent bien et un espace public où l’on se sent bien, mais à des moments différents, pour vivre des choses différentes. M. Sarkozy fait là une mauvaise comparaison, l’analogie n’est pas bonne, car les frontières nationales séparent des territoires de même nature, en principe, des espaces publics. Ce qu’il ne dit pas (mais qu’il pense), c’est que la raison d’être de ces frontières est de séparer un au dehors exploité et un au dedans exploiteur. Chacun pour soi (d’où le caractère particulièrement nébuleux – idéal je dirais – de la marge entre le "patriotisme" et le "nationalisme").

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