Extraits

Les mots ne sont pas de ce monde, Lettres à un officier de marine
traduit de l’allemand et préfacé par Pierre Deshusses. Editions Payot & Rivages, 2005.

Etre plus distingué que la vie

Accueil > Bibliothèque > Extraits > Etre plus distingué que la vie

dimanche 9 septembre 2012

« Je crois que le sens profond du mot gentleman, c’est le fait que l’on est meilleur et plus distingué que la vie. La vie est pour nous tous indiciblement difficile, sournoise et d’une méchanceté sans borne : c’est dans le fait de la supporter que se trouve la beauté et le merveilleux »

« La vie s’insinue de mille façons en nous et reste accrochée à nous comme un morceau de plomb qui nous tire vers le bas : et plus on a envie de comprendre les choses dans le détail, au lieu de réfléchir à ce qui est grand, à l’amour si on peut l’appeler ainsi, et de laisser les mille causes and effects n’être justement que des causes and effects, des faits et des détails, plus on devient faible et démuni. Notre mauvaise culture est traversée par un besoin malsain de savoir un nombre incalculable de choses et, de ce fait, même ceux qui ont une pensée éveillée ne parviennent pas au savoir vivant. »

« Pour la plupart des gens, savoir beaucoup de choses n’est rien d’autre qu’une ignorance cachée et terrible. Les spécialistes cultivés sont les pires qui soient : pédants et bornés, ils oublient que la connaissance des faits et de leurs lois n’a pas de valeur absolue mais simplement une valeur morale symbolique et qu’accumuler des matériaux purement scientifiques n’est pas digne d’une profession humaine au sens le plus profond du terme. Ils ne voient pas que l’essentiel, c’est que chacun de nous vive sa vie, sa vie particulière qui lui a été donnée et à laquelle il a été donné de façon inéluctable, et qu’il la vive de façon aussi vraie que possible, aussi belle que possible. On remplace d’habitude le mot "beau" par le mot "bien". Il est évidemment impossible de dissocier le "vrai" du "beau" quand on parle de la vie, car nous sommes beaux pour les autres quand nous sommes intérieurement vrais. »
Hugo von Hofmannsthal, Les mots ne sont pas de ce monde, traduit de l’allemand par Pierre Deshusses. Editions Payot & Rivages, 2005. Tiré des pages. 81 à 91.

 

 

Je m’en doutais déjà un peu mais maintenant j’en suis sûr : il me reste du chemin à faire pour parvenir à l’état de gentleman !

Quelqu’un peut-il m’expliquer ce qu’Hofmannsthal entend par "valeur absolue" et par "valeur morale symbolique" ? J’avoue avoir un peu de mal avec le passage où il est question de ces choses !

On remplace d’habitude le mot "beau" par le mot "bien"… Parce que le mot "bien", je crois, fait plus rationnel que le mot "beau". Mais, dans la vie, le rationnel importe-t-il plus que le sentiment ? En d’autres termes, sommes-nous conduit par la raison ou par nos émotions ?
Le sentiment de beauté est l’émotion qui correspond le mieux à la raison "bien". A part, je crois, une émotion, un sentiment de justice, le sentiment de justice.

 
 
LE DEVENIR
SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0