Rupture

Pour qui l’on travaille, et pour quoi ?

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dimanche 2 décembre 2012

« Pourquoi y a-t-il tant d’armes, tant d’affamés, des médicaments aussi dangereux qu’inutiles et une pornographie si florissante, entre autres choses ? Tout cela a-t-il été décidé en commun ? Pourquoi nous interrogeons-nous à propos d’un projet d’autoroute ou d’un projet d’aéroport mais pas à propos de la finalité de telle et telle entreprise, de celle qui nous emploie en particulier ? » [1]

Il n’y a pas que de grands projets à être inutiles et dangereux, les petits projets inutiles et dangereux sont infiniment plus nombreux ! Et cela ne concerne pas seulement les techniques de pointe !

En travaillant moins vite mais avec un peu plus de raison, nous pourrions obtenir plus de choses agréables et nécessaires, et même du superflu. La décroissance, c’est simplement l’élimination de la production nuisible, d’abord, puis de l’inutile [2] . Elle n’empêche aucunement l’accroissement de la production réellement utile à l’humanité, encore moins le travail pour tous – ou, dit d’une façon que je préfère, l’activité et l’ouvrage pour tous et, même, le loisir pour tous ; car il est est urgent de se débarrasser de la coupure travaille/loisir ! Comme Mumford l’avait remarqué, cette coupure a accompagné le développement du capitalisme, s’est aggravée avec lui. Il nous faut retrouver le loisir dans le travail et ne plus songer ni aux vacances ni à la retraite (quel sinistre idée, cette notion de "retraite") ! [3]

Un préalable : repenser le rôle de la monnaie et, partant, son fonctionnement.

[1Extrait d’un de mes posts d’Ames perdues écrit en mars 2011.

[2((note ajoutée le 9 décembre) Bien que cela ait l’air simple dis comme ça, cela ne pourra se faire que progressivement et non sans erreurs. Car comment décider de ce qui est utile, et même de ce qui est nuisible ? Certains diront, et non sans arguments sérieux, que la production de vin est nuisible ; sans compter qu’elle s’obtient en empêchant une plante de vivre sa vie de liane. Un exemple parmi des milliers… Décider qu’une production est utile, bonne, parce qu’elle rapporte de l’argent, de la puissance à quelques-uns, nous a d’une certaine façon simplifié la vie ; mais nous voyons maintenant où cela nous mène.

[3

Si véritablement cette économie artisanale, antérieure à la mécanisation, avait été écrasée par la misère, ses travailleurs auraient pu passer le temps accordé aux célébrations de groupe et à l’édification d’églises à multiplier les mètres de textiles tissés, ou les paires de souliers raccommodés. Certes, une économie qui jouissait d’une longue série de jours de fête, chômés, dont cinquante-deux seulement étaient des dimanches, ne saurait être qualifiée d’appauvrie. Le pis que l’on puisse dire à son propos, c’est que, en sa concentration sur ses intérêts spirituels et ses satisfactions sociales, il lui arrivait de faillir à la protection suffisante de ses membres contre un pauvre régime hivernal et des périodes occasionnelles de famine. Mais une telle économie avait quelque chose dont nous avons maintenant presque oublié la signification, le loisir : non la liberté de ne pas travailler, façon dont notre culture actuelle interprète le loisir, mais liberté à l’intérieur du travail ; et, en même temps que cela, le temps de converser, de rêver, d’envisager la signification de la vie.

Lewis Mumford, Le mythe de la machine, tome II : Le pentagone de la puissance. Lire un extrait plus large ici.

 
 
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