Rupture

L’université populaire n’est sans doute pas une école de démocratie

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dimanche 10 février 2013

Une petite expérience faite et relatée par Philippe Corcuff :

« Il suffit parfois de dispositifs tout simples pour se remettre à agir et à penser. Par exemple, dans un atelier de l’Université populaire de Lyon, j’ai donné à lire deux textes : un de Michel Onfray, un de Bernard-Henri Lévy. J’ai fait discuter les gens : 100% ont dégommé le texte signé BHL. Mais j’avais changé les signatures… C’est un petit exercice qui montre la difficulté en pratique de “penser par soi-même”. »

Cela ne devrait pas me surprendre et pourtant je suis surpris et même un peu effrayé ! Peut-être parce que j’ignore combien ils étaient à cet atelier – 100% de dix ou de cent n’ont pas la même signification.

Même s’ils n’étaient que dix, cela tend à prouver que dans certains milieux l’on ne pense pas par soi-même, qu’il est plus "naturel" de dégommer Bernard-Henri Lévy plutôt que Michel Onfray, qu’on ne connaît ces derniers que de nom et, vaguement, de réputation. Mais je me permettrai d’espérer qu’un facteur "timidité intellectuelle", ou "timidité" tout court, ou toute autre pression, a pu jouer, et donc que l’on sait penser par soi-même mais que, sur certains sujets et dans certaines situations, l’on se retient.

Dommage que Philippe Corcuff ne raconte pas, tout au moins dans cet interview, comment les protagonistes se sont "remis à agir et à penser". C’est pourtant d’un intérêt considérable dans la perspective politique d’une destruction de tous les pouvoirs et de l’émergence d’une démocratie véritable.

Il y a fort à parier, heureusement, que tous ces gens savent en réalité fort bien penser par eux-mêmes sur les sujets qui leurs sont familiers et les problématiques qu’ils rencontrent quotidiennement dans leur vie. La principale différence entre Philippe Corcuff et ses élèves d’un jour, c’est leur métier : l’un est universitaire, pas les autres.
A ce propos, il eut été intéressant de savoir de quoi parlaient les deux textes en question (même si l’on peut légitimement supposer qu’ils étaient creux tous les deux)… Il faudrait être capable de faire la part de ce qui relève d’un défaut de pensée et de ce qui ne relève, en fait, que d’une incompréhension du texte ou d’une méconnaissance du sujet traité alliée au désir de paraître aussi intelligent que son voisin…

Si l’occasion se présente, il faudrait que je me rende à une université populaire pour voir et sentir ce qu’il en est vraiment…

 
 
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