Notes ouvertes

Apprendre la liberté

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samedi 16 mars 2013

Selon un texte voté hier soir par l’Assemblée Nationale et visant à remplacer "l’enseignement d’éducation civique" par un "enseignement moral et civique", cet enseignement "moral et civique" « vise notamment à amener les élèves à devenir des citoyens responsables et libres, à se forger un sens critique et à adopter un comportement réfléchi… »

Des mots, rien que des mots. Nul enseignement ne peut forger des êtres libres – "responsables et libres" constitue un pléonasme –, car c’est seulement dans l’action raisonnée et pensée individuellement que l’on acquiert sa propre liberté, c’est-à-dire en somme, le sens critique et le comportement réfléchi. Tout au plus l’enseignement peut-il favoriser cette façon autonome d’agir et d’être, mais ce n’est pas du tout ce que fait l’éducation nationale aujourd’hui, pas plus qu’elle ne l’a fait dans le passé. Cela dépend moins du contenu de l’enseignement que de la façon d’enseigner.

Même « le respect de la personne, de ses origines et de ses différences, de l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que de sa laïcité, » toutes choses sensées être promues par cet enseignement "moral et civique", ne peuvent s’acquérir que dans l’action, dans la vie, dans la cour de l’école et non dans la classe… ou bien il faut commencer par changer la forme des cours et laisser les élèves apprendre entre eux, par eux et pour eux, puis prolonger ce cours dans la ville ; et dans l’usine aussi. Ainsi ils pourront comparer la liberté et l’esclavage.

 

(note ajoutée le 7 juin 2015) La classe peut aussi être lieu de liberté, la preuve en a été faite. Par les "zapatistes" du Chiapas peut-être, je ne sais pas, mais en tout cas par Céline Alvarez en classe maternelle -> http://blogs.mediapart.fr/blog/fchrysalis/070914/observer-et-entretenir-la-lumiere-ou-bien

Pour être capable de transmette le sens critique, il faut soi-même ne pas l’avoir perdu. Les écoles de France, aujourd’hui, excellent à évacuer l’intelligence des salles de classe : beaucoup des esprits les plus solides, les plus autonomes, prennent la fuite, et souvent fuient en même temps ce qui pour eux est associé à la classe, les livres en particulier.

(voir aussi A reculons sur le chemin, propos de divers connaisseurs et professionnels sur la transmission de la musique en classe de musique)

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