Une âme parmi les autres

De différentes manières d’aborder un problème

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dimanche 10 juin 2007

De mon enfance j’ai gardé très peu de souvenirs d’événements précis, mais en revanche m’est resté le souvenir très net de certaines impressions. En particulier, l’immense déception éprouvée par la découverte d’avoir déplu en voulant contenter, d’avoir "fait une bétise" en voulant faire plaisir et, plus généralement, la solitude de l’enfant qui se sent parfaitement mal reçu et incompris.
Je n’ai d’ailleurs pas gardé ces impressions uniquement sous forme de souvenirs. Encore aujourd’hui, après avoir fait de petites erreurs tout à fait anodines et sans sérieuses conséquences, mais pouvant gêner momentanément quelqu’un d’autre, il m’arrive d’avoir comme une envie de pleurer.
Surtout, j’ai très très longtemps éprouvé le besoin de me cacher lorsque je faisais quelque chose que je ne savais pas bien faire, ou que je croyais ne pas savoir bien faire, comme si j’avais peur. Et "très très longtemps" veut dire jusqu’à plus de quarante ans… même que cela n’a pas entièrement disparu.

Je parle ici d’un problème rencontré par l’enfant que j’étais, un problème vraisemblablement causé par l’une des personnes qui m’avait sous sa responsabilité. Récemment, je faisais sur le blog d’un autre (Initiative Education, L’éducation et le sens donné à l’existence individuelle et collective) les commentaires suivants :

Pour l’épanouissement des enfants, le mieux est de grandir dans un milieu où règne l’amour et la joie de vivre. Le reste… bah ! ça n’a pas tellement d’importance…
"l’amour et la joie de vivre", disais-je… Il me faut quand même ajouter que la présence, parmi les proches ayant autorité, d’au moins une personne clairvoyante, est également nécessaire au bon épanouissement de l’enfant, en cas de problèmes. Et des problèmes surviennent un jour ou l’autre, en général.

et je me suis mis à songer, les jours suivants, que ce mot, "problème", pouvait être fort mal compris. J’y ai resongé à nouveau en lisant un article paru dans Le Monde daté du 7 juin et intitulé Santé mentale : prédictions à risques, écrit pas Catherine Vincent :

« En diffusant par le biais des écoles parisiennes un questionnaire destiné aux parents d’enfants âgés de 5 ans, visant à "mieux cerner les facteurs d’amélioration et de détérioration de leur santé physique et mentale", la fondation MGEN a remis en lumière une tendance forte de la recherche psychosociale actuelle : la tentative de prédire, sur la base des données recueillies dans leur petite enfance, le comportement futur des individus. En refusant que cette enquête soit poursuivie (Le Monde du 23 mai), la Ville de Paris et la FCPE, principale fédération de parents d’élèves, en ont éclairé une autre : la vigilance extrême que manifestent désormais nombre de citoyens vis-à-vis de ces études, soupçonnées au mieux de porter atteinte à la vie privée, au pire de stigmatiser les familles "à risque".

[…]

…un vent de défiance s’est mis à souffler sur ce type de recherches, tant sur leur bien-fondé que sur la récupération politique qui pourrait en être faite. Un vent qui a soudain forci avec la publication, en septembre 2005, d’une expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur le "trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent". »

 
Oui, il semble que, de plus en plus, la société se préoccupe des "enfants à problèmes", c’est à dire des enfants susceptibles de causer des problèmes à la société, et qu’elle se soucie en revanche de moins en moins des problèmes rencontrés par l’enfant, des problèmes posés par la société à l’enfant, sauf dans la mesure où le dit problème rencontré par l’enfant peut faire de lui un "enfant à problèmes".
On dirait que la société n’aime plus ses enfants, mais qu’elle en a peur, qu’elle ne cherche plus à comprendre et guérir leurs souffrances, mais seulement à garantir que ces souffrances ne se transformeront pas plus tard en violence.

 
Dans quel monde vivons-nous ?

 
 
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