Notes ouvertes

Désolation contemporaine

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lundi 1er avril 2013

Ruminations de début de journée :

Comment revenir sur Terre après avoir rêvé des étoiles ? Faut-il absolument renoncer, ou bien se dire que ce n’est que partie remise ? Faut-il renoncer à notre haute technicité si coûteuse en organisation, en travaux bureaucratiques, en surveillance ? Cette technique qui nous enchaîne aux bureaux ou à l’usine et prive la plupart d’entre-nous du plaisir de voir refleurir chaque printemps les primevères du bord du chemin, cette technique permet à beaucoup de rapidement découvrir les quatre coins du monde. Elle permet de correspondre en permanence avec le monde entier et, surtout, de maîtriser de mieux en mieux le vivant ; pour le meilleur et pour le pire.

Exemple du meilleur : on entrevoit aujourd’hui la possibilité de produire de la viande sans élever dans d’infernales conditions des animaux pour les tuer. Un bon moyen de se régaler sans avoir de victimes sur la conscience, non ? Mais cette industrie d’un nouveau genre serait-elle "renouvelable" ? Jusqu’à présent, seule la vie s’est avérée renouvelable, mais est-ce une fatalité ? Si c’est une fatalité, alors il faut continuer de tuer pour vivre, ne serait-ce que des plantes. Si non, nous pouvons encore rêver aux étoiles, à l’industrie qui pourrait mener aux étoiles… et à d’inquiétants mélanges de genres.

Ruminations deux heures plus tard, au boulot :

On me paie pour un travail qui me fait honte. La manière de le faire me fait honte. Le produit obtenu me fait honte. Au point que j’entrevois la possibilité d’allumer des incendies moins par haine que pour apaiser sa conscience. Il s’agit pourtant de tirer le meilleur parti des bêtes que l’on a abattu, en valorisant ce qui reste sur les carcasses et les os eux-mêmes. Et, après tout, cette industrie pourrait préfigurer l’éventuelle future industrie productrice de viande que je décrivais plus haut. Mais, compétitivité oblige, il faut travailler le plus vite possible et avec le moins de moyens possibles, quitte à ce que la sécurité en souffre – la sécurité des producteurs et, plus encore, celle des consommateurs. Cet impératif de compétitivité ne détermine pas seulement la façon de travailler et l’organisation du travail, mais aussi les produits qui seront mis sur le marché. Ce n’est pas le meilleur qui est choisi, mais le rentable. Et encore… le "rentable" d’un point de vue "économique" très étriqué où les coûts sociaux, écologiques, énergétiques, en labeur, en matières premières et en bien-être ne sont pris en compte que dans la mesure où ils ont été traduit en valeur monétaire. Or, rien de tout cela n’est directement traduisible en valeur monétaire, d’où porte ouverte à toutes les manipulations ! Et d’où ma honte.

Pourtant, lorsque j’ai appris que ma boite devait temporairement (au moins temporairement) baisser sa production, et que par conséquent je ferai moins d’heures de nuit (plus rémunératrices), j’ai été fort désolé…

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