Peuples sans limites

Les assoiffés de pouvoir ne craignent jamais la mort des autres

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lundi 20 mai 2013

…ils ne pourraient pourtant pas régner longtemps sur des cadavres.

Extrait d’un texte venu de Grèce publié en février dernier :

Nous sortons peu – le temps a l’air d’avoir pris la couleur de la vie : il pleut, sans arrêt, au point que le bois doit rester longtemps dans le poêle avant de s’embraser. Nous regardons distraitement les journaux télévisés, on connaît la rengaine. Deux dizaines d’impôts créés en 2012. Chômage. Misère. Enfants non vaccinés. Facultés qui ferment. Hôpitaux en panne de chauffage, de matériel de première nécessité (compresses, instruments chirurgicaux,…). Et de yaourts aussi. Néo-nazis au parlement. Grèves. Mobilisation décrétée dans deux secteurs (marine marchande et transports en commun), sous le contrôle direct de l’armée. La folie rivalise au quotidien avec le ridicule, le trivial, le presque rigolo. Non, on n’y croit pas, quand le secrétaire du Ministère de l’Economie annonce que "le smic à 560 euros -bruts- est encore trop haut"…

[…]

nous vivons à quatre de ces presque 800 euros par mois. Nous avons longtemps été les moins riches de tous ceux que je connais.

Nous sommes désormais parmi les moins pauvres de ceux dont nous partageons le quotidien (travail exclu). Il n’y a plus de syndicat des ouvrières à mon boulot : il a été dissout, suite à des pressions exercées de façon ouverte sur l’intégralité des ouvrières, prises une à une. Ce mois-ci, le grand magasin Sprider (grande chaîne de vêtements bas prix), qui employait quinze personnes, a fermé. La deuxième boulangerie du quartier aussi. Pas résisté.

[…]

Mais les médicaments de traitement du sida ont été désinscrits de la liste des médicaments remboursables. Pour les traitements anti-cancer, cardio, contre la tension artérielle… et pour une foule d’autres, la question n’est plus tant qu’ils soient ou non remboursables : il est de plus en plus difficile d’en dénicher. On crève de cette crise, et pas ceux qui sautent d’un balcon ou se tirent une balle dans la tête. On se laisse aller, aussi, tout simplement.

[…]

Les députés de l’Aube Dorée soufflent sur les braises de la haine, l’un deux a déclaré hier : « la prochaine fois que nous ferons une descente sur un marché pour contrôler les vendeurs étrangers, on ne fera pas que donner des coups de lattes dans les étalages. Il faut bien qu’on se fasse plaisir, aussi… Il est hors de question qu’on laisse les citoyens grecs sans protection ». Babakar Ndiaye est mort, il y a huit jours, jeté sur les rails de la station Thisseio, à Athènes, par l’un des dix agents de la police municipale qui l’avait pris en chasse parce qu’il vendait sur le trottoir des faux sacs Vuitton ou des parapluies chinois. Les paysans qui tentaient de bloquer symboliquement la route nationale ont été attaqués par les flics. Attaqués, non pas arrêtés. La violence institutionnelle s’installe chaque jour. Violence policière des brigades anti-terrorisme qui rouent de coups les quatre jeunes (qui se déclarent anarchistes), les défigurent, et se donnent tout juste la peine d’un maquillage électronique pour masquer les pires traces de torture sur les visages tuméfiés.

C’est écrit par Marie-Laure Veilhan, une française depuis longtemps installée en Grèce et que l’on peut entendre dans cette émission radio diffusée vendredi dernier :

http://www.franceinter.fr/emission-nous-autres-grece-une-lente-descente-aux-enfers

Intégralité de son texte : http://blogs.mediapart.fr/edition/indignations/article/200213/exil-du-chaos

 

Tout comme les fascistes du siècle dernier, les xénophobes patriotes d’aujourd’hui se présentent aux élections et sont élus. Leur vision du monde est aussi simple que farfelue mais elle flatte le bon peuple qui peut continuer de penser qu’il suit la voie de la raison : ce sont les étrangers qui vous volent, citoyens, pas les riches capitalistes ; les riches capitalistes ont gagné leur argent en vous offrant du travail tandis que les étrangers sont venus vous le voler ; les étrangers sont depuis la nuit des temps des étrangers et ne peuvent que rester étrangers.
Et voilà les pauvres autochtones qui applaudissent à la chasse aux plus pauvres venus d’ailleurs. Cela les distrait de leur vie difficile pendant que les difficultés s’aggravent, cela les aveugle un peu plus et c’est justement ce qu’ils souhaitent.

Il en est qui, ainsi, acquièrent du pouvoir en entretenant la peur et la haine de l’autre comme d’autres en acquièrent en inventant de nouveaux désirs. Deux méthodes assez différentes mais qui, pour ce qui est de l’aveuglement des peuples, se rejoignent, et qui sont également mortifères, quoique les effets morbides apparaissent plus brutalement avec l’une qu’avec l’autre.

 
 
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