Peuples sans limites

Unité et union

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mardi 28 mai 2013

L’autre jour, à propos du judaïsme, je parlais d’une confusion entretenue entre trois réalités ou supposées réalités : peuple, ethnie et communauté religieuse. Ce genre de confusion entretenue ne se rencontre pas que dans le champ religieux : similaires sont les confusions fréquentes et voulues entre peuple, ethnie et patrie, ou encore entre peuple, idéologie et parti (variante : classe, idéologie et parti). A quoi servent ces confusions ? A unifier. Non pas à unir de manière à former une union, mais à unifier de manière à former une unité. Et à quoi sert l’unité ? L’unité est, idéalement, une unité de pensée et de comportement, elle favorise le rassemblement derrière un leader, tandis que l’union unie des pensées et des comportements divers qui peuvent même parfois devenir divergents. Le rôle de l’unité, qu’elle se manifeste sous les traits d’une foule ou ceux d’une organisation, est d’éviter l’union, rassemblement d’êtres libres.

L’unité, par rapport à l’union, se caractérise par une grande rigidité. C’est pourquoi elle n’est viable, dans le temps et l’espace, que ponctuellement ; l’unité des peuples du monde est un non-sens, pas leur union. L’unité ne connaît pas la coopération, moins encore en son sein qu’avec d’autres unités, parce qu’elle n’est pas constituée d’êtres libres susceptibles de coopérer ensemble mais… d’unités (unités au sens d’atomes dans une foule, d’organes mécaniques dans une organisation).

L’union vit par l’enracinement des êtres libres en son sein, l’unité grandit en s’aliénant ses sous-unités.

Tandis que la coopération est consubstantielle à l’union, qui ignore la hiérarchie, toute unité se trouvera toujours en guerre contre d’autres unités, tout étendard tend à devenir sanglant. Et tyrannique.

P.-S.

(le 1er septembre 2015) : Je rajoute ici ma réponse à un commentateur (sur peuples.blog.fr), réponse que j’envisageais de reprendre dans un autre texte – ce que je ne me rappelle pas avoir fait (les commentaires vont bientôt disparaître avec blog.fr, or ils ne sont pas forcément moins intéressants que les articles suscitant la discussion).

[à un commentateur qui, à propos des partis, me disait « Je crois qu’ils veulent avoir le plus de clientèle, tout en cherchant à diviser (pour régner)… L’unité ils s’en foutent royalement… », le 31 mai 2013]
Tu ne peux concevoir l’unité comme autre chose qu’un but à poursuivre, peut-être même comme le but suprême à atteindre, alors que je dis tout autre chose. Je différencie complètement union et unité – comme le dictionnaire le fait, d’ailleurs. Une confusion a été créée, effectivement, une confusion par les mots, une confusion entre les mots union et unité. Or, l’union ne suppose pas l’unité et, surtout, c’est l’union qui est désirable, pas l’unité. L’unité s’oppose à la diversité, pas l’union, or la diversité est aussi nécessaire à la vie sociale qu’elle l’est à la vie biologique – à propos de vie biologique, il est intéressant d’envisager le corps animal comme une union organisée de cellules différenciées et la tumeur cancéreuse comme une unité désorganisée de cellules indifférenciées.

Donc si, ils cherchent bien l’unité puisqu’ils cherchent à rassembler derrière eux ce qu’on appelle parfois, à tort ou à raison, leur "clientèle". Mais, ce faisant, ils désunissent, ou tout au moins ils empêchent la venue d’une véritable union d’êtres plus indépendants idéologiquement.

D’une façon curieusement semblable il leur arrive aussi de rassembler involontairement contre eux (unité de la foule haineuse – dont il existe une version "virtuelle"), et aussi de créer, volontairement cette fois, une vision unitaire d’un ensemble qu’ils désignent comme ennemi, par exemple les juifs il y a un siècle ou l’Islam aujourd’hui. Parce que l’invention d’un ennemi commun est le moyen le plus commode de rassembler derrière soi.

Dès lors que l’on utilise rigoureusement les mots union et unité dans ces acceptions, des expressions comme "union nationale" ou "union républicaine" sont des non-sens puisqu’elles greffent une unité de pensée et de comportement à une union.

L’entrepreneur capitaliste cherche à créer une unité de production mais y parvient mal. Il lui manque un ennemi convaincant.

Les couples et les familles doivent être des unions, pas des unités. Les colocations sont des unions (ou alors ce sont des sectes).

Il n’existe pas, actuellement, une union révolutionnaire en Syrie, ni même une unité révolutionnaire, ou s’il existe une union révolutionnaire elle est très minoritaire et perdue parmi plusieurs unités combattantes instrumentalisées. Il n’y a pas de révolution en Syrie.

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