Rupture

Réponse aux impasses du capitalisme : la retraite

Accueil > Points de vue > Rupture > Réponse aux impasses du capitalisme : la retraite

lundi 3 juin 2013

Devenu vieux, le travailleur n’a plus sa place sur terre parce qu’en vérité on ne lui en a jamais accordé une : simplement il n’avait pas le temps de s’en apercevoir. Quand il s’en rend compte, il tombe dans une sorte de désespoir hébété.

Tout est à reprendre dès le départ : le système mutilant qui est le nôtre doit être radicalement bouleversé. C’est pourquoi on évite si soigneusement d’aborder la question du dernier âge. C’est pourquoi il faut briser la conspiration du silence.

Simone de Beauvoir, La Vieillesse, Gallimard, 1970 [1].

La question du dernier âge a été finalement abordé, et plutôt brillamment, par Bernard Friot. Il défend un point de vue extrêmement intéressant et différent de celui des défenseurs du revenu inconditionnel pour tous. Il peut être résumé par quelques courtes citations :

Il y a une forte minorité de retraités qui disent n’avoir jamais autant travaillé que depuis qu’ils sont en retraite, n’avoir jamais été aussi heureux au travail. Ce bonheur au travail des retraités contraste de manière singulière avec le malheur au travail de tant d’autres aujourd’hui.

L’investisseur est une fonction totalement parasitaire.

[Avec le marché de l’emploi] ce ne sont pas les personnes qui sont qualifiées, ce sont les emplois.

Le marché du travail, c’est ce qui nous nie en tant que qualifiés.
C’est l’emploi qui exclue.

La condition de pouvoir travailler, c’est d’être libéré de l’emploi en étant payé.

Nous souffrons de sous-travail, nous souffrons de mauvais travail. Nous souffrons du carcan que représente l’emploi. Il y a un diagnostic simple : à l’origine de ce que nous appelons la souffrance au travail ou à l’origine du chômage, il y a l’emploi, et à l’origine du bonheur au travail il y a le salaire à vie. La conséquence à tirer de cela, c’est de dire que toute personne, de 18 ans à sa mort, à droit à une qualification personnelle, avec le salaire qui va avec.

C’est l’emploi qu’il faut détruire et remplacer par l’attribution à chacun d’une qualification irréversible.

Il faut se débarrasser des employeurs.

La retraite, c’est la réponse aux impasses du capitalisme.

 

 
Il propose quatre niveaux de qualifications, donc de 1 à 4, et les salaires correspondants de 2000 à 8000€ (en 2010). Quatre niveaux de qualifications pour "encourager à la "progression". Je m’interroge : pourquoi faudrait-il encourager à la progression ? Si ce n’est pas la perspective d’un salaire qui encourage à travailler, pourquoi encouragerait-elle à la progression ? Je vois-là une incohérence majeure.
Plus fondamentalement, quelle est la nature de cette progression ? Est-ce essentiellement une progression hiérarchique (pourquoi ?) ou est-ce une progression personnelle ? Tout bien considéré, peut-être qu’en effet la progression hiérarchique demande à être encouragée financièrement, mais certainement pas la progression personnelle. Et lorsqu’une position hiérarchique est en jeu, un pouvoir est en jeu. Danger !

 
Autres conférences ou entretiens de Bernard Friot que je n’ai pas encore écoutés : http://www.youtube.com/watch?v=JbsOo95gPBA
http://www.youtube.com/watch?v=8MWQBbLLwg4
L’on peut voir et entendre l’intégrale de la conférence ci-dessus ici.

 
A la fin des années 60, sur quelques murs parisiens et d’ailleurs l’on pouvait lire cette formule : Ne travaillez jamais. Cette formule était mal choisie, il fallait lire : Ne prenez jamais d’emploi.

[1Lu dans Le Monde Diplomatique de ce mois, je n’ai jamais lu Simone de Beauvoir ; un tort sans doute, elle a l’air plus intéressante que Sartre.

 
 
LE DEVENIR
SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0