Peuples sans limites

Produire de la nationalité, créer une unité, en excluant

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mercredi 10 juillet 2013

« Dans le contexte de la mondialisation, les Roms, ou plutôt ceux qui sont désignés comme tels, sont utiles au pouvoir. Au moment où les États-nations périclitent, où la crise économique fragilise les sociétés “occidentales”, les gouvernants ont besoin de ce nom pour créer un dehors. Ils ont besoin de faire croire à leur altérité absolue, de les constituer en étranger ennemi, pour faire exister leurs frontières. Expulser des Roms est une manière de produire de la nationalité, tout comme expulser des Afghans ou reconduire à la frontière des migrants venus d’Afrique. »

« Gouverner, aujourd’hui, consiste à assigner des places à des personnes selon la catégorie de population à laquelle elles sont identifiées. L’assignation identitaire est non seulement un acte de domination et une violence qui nie les subjectivités. Mais cela constitue aussi une mise à l’écart. En désignant “les Roms”, le pouvoir énonce deux décrets de ségrégation, il les nomme et les met à l’écart de la société, des droits. D’une certaine manière, l’État les place hors-État pour se décharger de sa responsabilité en matière d’intégration. »

« Les ethnies n’existent plus nulle part comme formes d’organisation sociale, économique, culturelle ou cultuelle autonome comme elles ont pu l’être au moment où ce terme a été créé. Ce qui existe aujourd’hui ce sont des identités ethniques dans des contextes complexes, de plus en plus individualisés. Les gens se déplacent, la migration est généralisée, tous les endroits du monde sont connectables. C’est à ce moment, paradoxalement, que l’identité ethnique est instrumentalisée. »

« Il est intéressant de noter que l’on a cessé de parler de bidonville pour parler de campement rom. La notion de bidonville inclut la reconnaissance d’être dans la ville, son usage met en évidence la responsabilité des pouvoirs urbains et politiques. Avec le camp, on bascule dans l’exception. Outre son poids historique évident, ce terme place les personnes qui y vivent en dehors de la ville, de la responsabilité urbaine et donc de l’État. »

Propos de Michel Agier (ethnologue et anthropologue), à lire sur Mediapart :

http://www.mediapart.fr/journal/france/090713/rejeter-les-roms-permet-de-faire-exister-les-frontieres?onglet=full

(ajouté le 14/07/2013) La revue Etudes Tsiganes propose en PDF gratuits un certain nombre d’études à première vu intéressantes (je n’ai pas le temps de tout lire, ni les capacités suffisantes pour tout mettre en ordre et retenir dans ma tête, probablement) : Articles en texte intégral de la Revue Etudes Tsiganes.

 
 
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