Ames perdues

Des paresses (intellectuelles) et des maux

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dimanche 28 juillet 2013

Je m’étonnes que les hommes soient si souvent accusés de harcèlement sexuel, étant donné les mots utilisés dans ce domaine de relations. "Baiser"… C’est étrange comme certains mots de l’amour, enfin, certains mots du sexe, sont aussi, au moins dans notre langue, des mots qui expriment l’usage d’autrui, l’exploitation d’autrui : baiser quelqu’un ("il s’est fait baiser", expression courante à l’époque de mon enfance, dans le sens de "il s’est fait avoir"), avoir quelqu’un, posséder quelqu’un… Il est vrai que "rouler", qui possède un sens proche, échappe pour le moment à cette confusion, mais tout de même ! "Prendre" n’y échappe pas.

En est-il ainsi dans les langues de tous les peuples ? Si non, il serait important de savoir comment sont les peuples qui ne parlent pas ainsi ; et qui, donc, ne pensent pas ainsi. Et comment sont leurs amours… Chez nous, "libération sexuelle" ou pas, on attend toujours de l’homme qu’il prenne et de la femme qu’elle donne, il n’est jamais question de partage et de communion. Et lorsque l’on n’agresse pas, l’on aguiche ; jamais il n’est question de proposition – par l’esquisse d’une caresse, par exemple. Cela se pratique, heureusement, mais nous ne nommons pas cela "proposition", or c’est précisément une proposition, la proposition d’un partage [1].

Il ne s’agit pas d’aguicher, ni même de séduire. Cette nécessaire séduction intervient toute seule comme une grande, en amont, sans qu’on ait à s’en occuper. Séduire, c’est comme dégouter : lorsqu’on le fait pour de vrai, c’est même pas exprès.

Mais pourquoi est-ce que je m’entête à parler de ce que je ne connais pas, de ce que je n’arrive pas à pratiquer ? Illusoire compensation ! Je devrais me taire, moi qui ne comprends strictement rien à tout ça (je l’ai cent fois prouvé en acte, ou plutôt en absence d’actes). Je suis étranger à tout cela, moi qui, pourtant, ne suis que désir. Un jour, une fille qui ne me désirait pas a dit de moi que j’étais une fille. Une autre qui, jusqu’à la veille, m’avait désiré, m’a dit un soir avec dédain "t’es gentil". Curieux cela, aussi : parce que je ne l’avais pas "sautée", elle me qualifiait de gentil !

P.-S.

(ajouté le 23 juin 2014) A propos de tout cela, il est intéressant et même indispensable de comparer avec les autres cultures. Ce qui a été fait, mais encore bien trop partiellement. Voir http://antisexisme.net/2013/01/09/cultures-du-viol-1/ et aussi http://antisexisme.net/2011/05/20/petits-rappels-sur-le-genre-reminders-on-genders/

[1Cela se pratique, oui. Paraît même qu’il y aurait un code. Je ne sais plus qui m’a dit cela sur ce blog (version blog.fr), un jour. Sans doute, il y a un code, un code que je n’ai pas appris, puisque je ne parle jamais de "cela" à personne. Un code, donc, que je comprends mal, voire pas du tout. Ou alors, parfois, après coups, plusieurs jours après, sous un éclairage nouveau (Voir, dans la rubrique Une âme parmi les autres, Des mots ou des caresses).

(ajouté le 29 juillet) J’ai écris quelque chose d’inexact : il arrive que l’on parle de proposition. "Elle t’a fait des propositions  ?", mais il y a un rien de péjoratif ou de moqueur dans l’usage qu’on en fait. A ma connaissance. Maintenant, je fréquente si peu de monde…

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