Ames perdues

Au risque de faire mauvais genre

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dimanche 11 août 2013

Extrait d’un intéressant petit livre intitulé "Désobéir au sexisme" (p.38) :

« En décembre 2008, une quinzaine de militantes du groupe Les TumulTueuses se baignent les seins nus dans une piscine publique parisienne. “Le corps des femmes est systématiquement considéré comme plus sexuel que ceux des hommes et soumis à des normes de beauté. Pourquoi ?” Et si montrer ses seins est une exhibition sexuelle, pourquoi peut-on voir partout sur des affiches publicitaires des corps de femmes – parfaites – exhibés ? »

A mon humble avis de mâle au regard perverti par les affiches publicitaires, les seins, nus ou pas, des dites affiches sont bel et bien des exhibitions sexuelles, c’est en tant qu’objets sexuels que les seins sont montrés (même, souvent, lorsqu’ils sont habillés). Les publicitaires ne se cachent d’ailleurs pas d’utiliser la sexualité à des fins marchandes [1] et se moquent absolument de l’effet principal, essentiel, de leur action : sa participation à l’élaboration de l’identité féminine moderne, et plus généralement aux identités de genre.

Le mâle au regard perverti que je suis – prenez-ça au premier degré – le mâle mal dégrossi que je suis va jusqu’à penser que les femens, en couvrant leurs torses nus de slogans, reproduisent fidèlement le modèle qu’elles ont eu devant les yeux tout au long de leur enfance et de leur adolescence. En faisant de leurs poitrines des supports, elles les réduisent à l’état d’objets, elles les séparent d’elles-mêmes [2]. Contrairement aux TumulTueuses de la piscine, elles ne banalisent pas les seins nus, elles ne les désexualisent pas, au contraire !

Les groupes s’opposant au sexisme dénoncent par ailleurs, entre autres, l’offre de jouets très différente pour les petites filles et les petits garçons. Mais à l’heure de l’audiovisuel tout puissant, la poupée Barbie n’à qu’une importance toute relative. Sauf si on la retrouve aussi sur les médias audiovisuels – mais si on l’y retrouve bien, c’est en mini-short et les seins nus, et parfois avec la mitraillette sous le bras (les Barbies tueuses qu’affectionnent le cinéma et une certaine littérature, pas forcément blondes mais toujours sexy).

Autre extrait (p.37) :

« A la rentrée 2009, dans un lycée d’Etampes en Essonne, un proviseur fraîchement arrivé durcit l’interprétation du règlement intérieur concernant la “tenue correcte exigée”. Des filles se font quotidiennement rappeler à l’ordre par des surveillants qui jugent leur tenue indécente, notamment jeans troués, jupes et shorts trop courts. Une lycéenne appelle ses camarades à une “journée du short” via Facebook, msn, texto. Le 11 septembre, 200 élèves sur 2100 répondent à son appel. L’instigatrice est exclue trois jours, mais emporte la victoire : l’affaire est médiatisée et le débat ouvert. Des parents d’élèves envisagent à leur tour de manifester devant l’établissement, portant courte tenue. »

Etant donné mon regard fort peu objectif en la matière, il est possible que j’ai mal observé, mais je tiens tout de même à dire qu’à mon avis se sont surtout des jeunes filles qui portent des jupes et shorts très courts et des jeans troués. Pas uniquement des filles, surtout en ce qui concerne les jeans, mais tout de même il me semble que nous trouvons là l’effet, le prolongement et le renforcement d’un modèle sexiste.

La question posée par les TumulTueuses reste ouverte : « Le corps des femmes est systématiquement considéré comme plus sexuel que ceux des hommes et soumis à des normes de beauté. Pourquoi ? »

Et il est une autre question qu’il serait bon de ne pas oublier trop longtemps : la différenciation homme-femme est un fait aussi bien culturel que biologique, tout le monde s’accorde à le dire (les uns insistant sur le côté culturel, les autres sur le côté biologique) ; mais alors, le côté culturel de cette différenciation se fait nécessairement essentiellement pendant l’enfance et l’adolescence, par la transmission de modèles… sexistes. La question est sous-jacente : nous ne pouvons pas nous affranchir du sexisme en tant que nécessité des espèces vivantes sexuées, mais nous pouvons le maîtriser. Pour rendre les femmes moins boniches (ça, c’est en bonne voie), mais aussi moins sexy (elles n’en seront que plus séduisantes) ; et pour rendre les hommes moins machos, moins brutes ; sans pour autant inverser les rôles – nous serions bien avancé !

[1Ce qui fait d’eux des pornographes. Ce sont eux qui ont hyper-sexualisé notre société.

[2Les t-shirts écriteaux si communs de nos jours ont un effet similaire : devant un tel habillement, nous n’avons plus affaire simplement à un être humain, un semblable ; notre regard voit alors deux choses, l’être vivant et un signe qu’il porte, une idée, une image… Idem pour les tatouages. Nous nous couvrons d’images et de slogans. Pour nous cacher ? Certains prétendent que c’est pour "s’identifier", tout un programme !

 
 
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