Ames perdues

La violence et la peur

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dimanche 15 septembre 2013

Reportage photographique :

http://saranaomiphoto.com/Shane-and-Maggie/20/

Oui, comme l’explique Libération [1], il s’agit d’un reportage photo, ce n’est pas de la fiction. C’est peut-être pour cela que je ne vois pas beaucoup la violence sur ces photos, que je ne la ressens pas. Une simple prise de vue de la réalité ne suffit pas, il faut une mise en scène, c’est pourquoi les fictions parlent plus que les simples copies photographiques de la vraie vie. La vision d’une photo et la vision directe de l’évènement sont deux choses bien différentes… Comme les photos ne transmettent pas le son et ne donnent qu’une vague idée du mouvement, la mise en scène pallie dans une certaine mesure à ce manque. Ici, pas de mise en scène.

Dans la réalité, il y a du mouvement, évidemment. Et des cris. Des mots, aussi, parfois assez ahurissants. Malheureusement on ne parle jamais de ces mots, comme si les violences étaient aussi silencieuses que les images photographiques ou comme si ce n’était pas important.
Ce n’est pas vrai : des mots sont prononcés et ils sont importants. Alors il me faut témoigner, il me faut prendre ce risque qui est certainement moindre, d’ailleurs, que les risques que j’ai pu faire courir en me taisant jusqu’alors (mais je dirai quand même à ma décharge que pour pouvoir parler efficacement il faut avoir acquis une certaine assurance).

Un homme donnant des coups sur une femme qu’il maintient à terre en répétant « Tu vas parler, dis, tu vas parler ! », a l’air de sortir tout droit d’un film de gangsters. Mais pareille scène peut aussi bien avoir un rapport avec des évènements directement ou indirectement vécus dans un pays en état de guerre… La violence des gangsters, des Etats et des particuliers est de toute façon la même : elle est recherche de maîtrise d’une possession actuelle ou convoitée, elle a donc plus à voir avec la peur de manquer dans la solitude qu’avec le courage de coopérer dans la fraternité. La peur suscite deux types de réactions : l’attaque et la fuite. De sorte que des peurs vécues dans l’incompréhension au cours de la petite enfance génèreront des personnalités violentes et d’autres timorées [2]. Les gros durs et les lopettes ont la même impuissance fondamentale, ils sont aussi ridicules les uns que les autres !

[1«  En 2012, dans l’Ohio, au cours d’un reportage sur d’anciens détenus, Sara Naomi Lewkowicz rencontre Shane, un homme de 31 ans en lutte contre ses addictions, et Maggie, 19 ans, mère de deux enfants. Elle les suit tout en les photographiant régulièrement, jusqu’à cette nuit de novembre où leur vie bascule sous l’œil de la photojournaliste, qui saisit les scènes de violence exercée par Shane à l’encontre de sa compagne.  » (Shane et Maggie, l’instant de bascule – les deuxième et surtout troisième commentaires [tummylow à 16h54 et esculape à "17h4"] sont intéressants)

[2Ceci n’est évidemment qu’une approche, le monde est heureusement plus complexe et plus beau.

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